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23 août 2011 2 23 /08 /août /2011 12:34

afghanistan-carte-map.JPG

 

Source principale : Le carrefour afghan de Bernard Dupaigne et de Gilles Rossignol, collections Folio actuel (Gallimard, 2002)

 

 

 

 

 


 

1°) L'Afghanistan, une zone tampon entre la Russie et l'Empire britannique.

 


 

Pays montagneux, passerelle entre la Chine et la Perse, l'Afghanistan fut traversé par la route de la soie et par divers envahisseurs. Mais sa géographie, faite de hauts sommets et de vallées encaissées ne fut jamais propice aux invasions, et l'Afghanistan ne fut jamais colonisé, certainement car son intérêt stratégique fut toujours limité. Pays continental, n'ayant pas d'accès à la mer et ne disposant pas de ressources particulières, l'Afghanistan était de plus coincé, entre deux géants, la Russie et l'Empire Britannique.

 

A°) Une marche à la périphérie de l'Empire des Indes.

 

a°) Conflit russo-anglais.

 

Limitrophe à la perle de l'Empire britannique, l'Inde, l'Afghanistan avait un intérêt pour la Grande-Bretagne. Contrôler ce territoire, c'était sécuriser la frontière nord-ouest de l'Inde et repousser l'impérialisme russe en Asie Centrale.

En 1837, une mission russe se rend à Kaboul et demande à Dost Mohammed, l'émir de la cité, d'établir des relations diplomatiques et commerciales entre les deux pays. Cette expansionnisme russe inquièta l'East India Company qui confia au persanophone Alexander Burnes (1805-1841),

 

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le soin d'apporter  un ultimatum enjoignant à l'émir, d'arrêter toutes relations avec les russes.

 

b°) 1839: la première guerre anglo-afghane.

 

Devant son refus, le vice-roi des Indes, Lord Auckland, réunit une armée, et investit Kaboul, le 7 août 1839, déposantDost Mohammed pour le remplacer par Châh Choudjâh.

Malgré la présence des troupes anglaises autour de Kaboul, des émeutes vont éclater, et Burnes sera assassiné, ainsi que le chef de la mission britannique, McNaughten, après une discussion houleuse avec les chefs de tribus pachtouns ! L'armée britannique décide alors de quitter la région, le 6 janvier 1842, avec 650 soldats, plus de 3 500 supplétifs indiens, encombré par 10 000 membres de leurs familles, pour prendre la route de Peshawar. Dans les gorges de la rivière Kaboul, les tribus ghilzaïs les harcèlent, les scindent en plusieurs petits groupes qu'ils vont décimer ou capturer. Le Dr Brydon, un des rares rescapés du massacre, fera un rapport tragique sur l'épisode.

A Kaboul, la situation devint intenable et Châh Choudjâh est assassiné en avril 1842. Les britanniques envoient alors deux corps d'armée en Afghanistan, qui reprennent la ville le 18 septembre 1942 .

 

c°) Premier traité anglo-afghan.

 

Dost Mohammed repart alors à la reconquête de ses provinces perdues,

 

Dost_mohammad_khan.jpg

 

et, en 1855 et 1857, signera deux traités avec les anglais, qui lui alloueront une indemnité mensuelle de 10 000 livres pour calmer ses ardeurs belliqueuses, notamment sur Peshawar. Les anglais qui contrôlaient l'Empire des Indes avec peu de soldats, ne pouvaient pas se permettre de mobiliser trop de troupes pour neutraliser l'émir de Kaboul et l'ont donc soudoyé pour le contrôler. La position intérieure de l'Afghanistan ne lui donnait pas une position stratégique décisive pour les anglais, et ne nécessitait pas une domination totale du pays, ce qui ne fut pas le cas de la Birmanie, envahie et soumise par une guerre en 1852.

 

d°) Seconde guerre anglo-afghane et protectorat britannique.

 

La mort de l'émir de Kaboul, en 1863, va aiguiser les appétits des puissances régionales et provoquer 15 ans de troubles. A l'Ouest, les persans occupent Seistan, au nord, les russes investissent Tachkent, en 1865, et imposent leur protectorat sur le sultanat de Boukhara, en 1868, puis sur le khant de Khiva, en 1873.

A Kaboul, en 1878, Cher Ali Kahn, le fils de Dost, refoule une délégation russe et une mission britannique conduite par Louis Cavagnari.

 

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Perçu comme un camouflet, l'attitude du Kahn provoque un casus belli chez les britanniques, qui envoient, le 20 novembre 1878, trois colonnes pour investir Kaboul. Cher Ali s'enfuit et mourra l'année suivante. Le 26 mai 1879, son fils, Ya'koub Khan, signe un traité avec les britanniques, à Gandamak,  dont les clauses sont sévères. Les anglais obtiennent plusieurs places fortes en zone pachtoune En contrepartie, les britanniques reconnaissent Ya'koub comme "émir de Kaboul" et lui verseront une pension annuelle de 60 000 livres. La région devient, in fine, un quasi-protectorat britannique.

 

Louis Cagnavari s'installe alors à Kaboul en juillet, dans un climat hostile. En septembre, une émeute éclate dans le bazar, Cagnavari et les membres de la mission britannique sont massacrés ! Une armée anglaise est envoyée pour reprendre le contrôle de la ville, commandé par le général Roberts qui défait l'armée de l'émir et occupera Kaboul, le 12 octobre 1879.

 

2°) La naissance de l'Afghanistan, entre tradition et modernité.

 

a°) Abdour Rahman, l'émir de fer (1880-1901).

 

Un petit-fils de Dost Mohammed, Abdour Rahman,

 

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réfugié dans l'émirat de Boukhara, franchit l'Amour-Daria avec ses troupes et négociera avec les britanniques, reconnaissant le traité de Gandamak, en 1883, en échange d'une reconnaissance, par les britanniques, de son pouvoir à Kaboul.

Rahman va régner jusqu'en 1901, et va unifier un pays soumis aux forces centrifuges. En effet, lorsqu'il accède au pouvoir, à Kaboul, il ne contrôle que la cité et ses alentours, puisque les autres vallées se dirigent, de fait, de manière autonome.

Alors que l'émir de fer va imposer son autorité aux autres ethnies afghanes, notamment les Hazaras, l'Afghanistan va se constituer en tant qu'état. En effet, en 1893 et 1895, une commission dirigée par Sir Mortimer Durand, secrétaire aux Affaires étrangères dans le gouvernement des Indes, va fixer les frontières entre le Pakistan et l'Afghanistan, limites acceptées par la Russie. Dans le même temps, le nom d'Afghanistan remplace l'appelation "sultanat de Kaboul", et le pays devient un sujet du droit international !

On peut considérer Abdour Rahman comme le fondateur de l'Afghanistan moderne.

 

b°) L'Afghanistan souverain.

 

Son successeur, son fils, Habiboullah,  est sensible aux thèses réformistes d'Al-Afghani qui stigmatise l'impérialisme britannique et l'obscurantisme des religieux conservateurs. Moderniste, il ouvrira une école et un hôpital à Kaboul et restera neutre lors du premier conflit mondial.

Assassiné lors d'une partie de chasse en 1919, il est remplacé par son beau-fils, Amanoullah, qui poursuivra et renforcera l'oeuvre modernisatrice de son père. Rêvant de réunir tous les pachtouns sur un seul territoire (le rêve d'un pachtounistan, remettant en cause la ligne Durand, sera récurrent dans la vie politique afghane), il attaque les britanniques en mai 1919, et, très rapidement, en août, les anglais, las de cette agitation guerrière, signe un traité à Rawalpindi, qui redonnera sa souveraineté à l'Afghanistan. Ce traité illustre bien le relatif désintérêt des anglais pour ce pays, qui sans accès à la mer, n'a qu'un intérêt très limité pour eux !

Toutefois, la ligne Durand reste la rège, et le Pachtounistan reste toujours à cheval entre les deux pays.

 

c°) Amanoullah, le roi réformateur !

 

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Admirateur de Mustapha Kemal, le roi va entreprendre de moderniser son pays:

- promulgation d'un nouveau code de la famille, en 1921.

- réforme de la loi sur le mariage avec l'interdiction de marier des filles de moins de 18 ans.

- le droit à l'éducation est reconnu pour les filles, et la première école pour elle est créée en 1921.

- il fait aussi appel à un français, Alfred Foucher, pour planifier l'élaboration de l'enseignement secondaire, qui se traduira par la création d'un établissement scolaire franco-afghan, le lycée Amaniya, en 1922. Il confiera aussi à un français, Auguste Girard, la direction du premier lycée agricole du pays, en 1926.

- un plan de formation pour des étudiants afghans est mis en place, et 34 d'entre eux seront envoyés en France, au lycée Michelet, à Vanves, en 1921.

- une loi constitutionnelle est promulguée, modernisant le fonctionnement de l'Etat et protégeant les minorités religieuses.

- réforme du code pénal, en 1924, avec l'intention de séculariser l'institution judiciaire.

- tentative de séculariser l'état afghan et d'affaiblir les théologiens conservateurs, formés dans les écoles déobandi, en Inde.

 

d°) Nader Shah, entre tradition et modernité.

 

Les réformes d'Amanoullah frappaient de plein fouet la religiosité des afghans, et se traduisit par des révoltes, dans la région de Khost, alimentées par les mollahs. La répression sera féroce, et, avec l'aide de pilotes soviétiques et allemands et de leur bombardier, elle fera 2 000 morts.chez les rebelles.

En août 1928, les réformes continuants, la révolte gronde à Kaboul, et, le 2 octobre, éclate. Le pays va se soulever, ce qui va conduire Amanoullah a abdiqué, en janvier 1929, en faveur de son frère aîné. Mais trois jours plus tard,  un dénommé Habiboullah Kalakani investit Kaboul et s'autoproclame "émir d'Afghanistan". Le nouveau venu, un tadjik analphabète, qui ne contrôlera que la capitale, annulera les réformes progressistes et initiera une politique de terreur pendant 9 mois, avant d'être chassé puis exécuté, en octobre 1929, par des forces pachtouns commandées par Nader Khan.

En 1931, une nouvelle constitution est promulguée ( elle restera en vigueur jusqu'en 1964). La charia devient la loi du royaume, et Nader Khan devient Nader Shah.

 

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La politique du nouveau roi était de concilier les traditions afghanes, qu'Amanoullah avait violemment secoué, avec une certaine modernité, pour apaiser le pays profond et les mollahs. Mais il n'eut pas le temps de voir les fruits de son action puisqu'il fut assassiné en 1933.

 

e°) Zaer Shah ou l'impossible modernisation.

 

- Le rêve du Pachtounistan.

 

Zaer Shah, le fils de Nader, monte alors sur le trône. Son règne va durer 40 ans, de 1933 à 1973.

 

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Francophile, le roi Zaher rêve, comme ses prédécesseurs, de reconstituer le Pachtounistan, région à cheval entre l'Afghanistan et l'Inde. Lors de la création du Pakistan, en 1947, l'Afghanistan sera le seul pays à voter contre l'entrée du Pakistan aux Nations Unies, prétextant que le droit des pachtouns n'étaient pas respectés. L'URSS va soutenir les revendications afghanes, le Pakistan était considéré comme pro-américain et de nombreuses frictions vont égayer les relations entre les pays jusqu'en 1951.

 

- Daoud Khan, le Prince rouge, Premier Ministre.

 

En 1953, le cousin du roi,  Mohammed Daoud Khan, est nommé premier ministre.

 

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Daoud veut relancer la modernisation du pays, dans la lignée du roi Amanoullah et veut substituer à la charia une loi civile plus adaptée à la société moderne. Il relance, encore une fois, l'idée d'un Pachtounistan et réclame un référendum d'autodétermination pour les pachtouns et balouchtes vivant au Pakistan. Et entre 1961 et 1963, la frontière afghano-pakistanaise sera fermée pendant 18 mois.

Il hésite aussi entre les USA et l'URSS. Dans un premier temps, il demande de l'aide aux américains, mais ceux-ci conditionne celle-ci à une adhésion de l'Afghanistan à l'OTASE, Organisation du Traité de Sécurité de l'Asie du Sud-Est, dont fait partie le Pakistan, depuis 1954. Daoud, ne peut évidemment pas se résoudre à entrer dans une organisation où siège le Pakistan détesté, qui opprime les pachtouns et les Balouchtes !

Aussi, il se retourne vers le "grand voisin du Nord", et à l'issue de la visite de Khrouchtchev à Kaboul, le 18 décembre 1955, un traité de coopération économique est signé, début d'une lente mais progressive satellisation de l'Afghanistan autour de l'URSS.

Les soviétiques vendent des armes aux afghans, et construisent 3 aéroports. Daoud copie le modèle soviétique et met en branle un plan quinquennal. Il est alors nommé le "Prince rouge" pour son amitié avec les communistes russes, a réussi à marginaliser le roi et est accusé, par ses opposants, d'avoir livré le pays aux soviétiques.

 

- Mohammed Youssof et l'échec de la nouvelle Constitution.

 

Devant le mécontentement général, Daoud donne sa démission et est remplacé, le 10 mars 1963, par le Dr Mohammed Youssof. Une nouvelle constitution, écrite par des juristes français, et s'inspirant clairement de la Veme République est proclamée. Mais on ne plaque pas, artificiellement, un régime politique moderne sur une société traditionnelle, pluriethnique, et profondément religieuse. Les élections de 1965 ne mobiliseront que 10 % du corps électoral afghan, signe évident de la désaffection de la population envers un régime artificiel, qui ne correspondait pas aux aspirations des uns et des autres. Le score fut identique 4 ans plus tard, preuve que le système politique n'avait pas gagné le coeur des afghans, et n'avait aucune légitimité !

 

3°) L'échec du régime démocratique et la fin du régime de Zaer Shah !

 

a°) Ethnicité et modernité, l'équation impossible ?

 

L'Afghanistan est un pays pluri-ethnique, une véritable mosaïque humaine,  peu adapté à l'émergence d'une identité commune.

Entre les pachtouns, qui constituent 40 % de la population, les tadjiks (30 %), les Ouzbeks et les Hazaras (environ 7 % chacun), les Aymaks, les Turkmènes, ou les Balouchtes, la discorde est souvent la règle, et le réflexe ethnique surpasse souvent l'intérêt général du pays. Mais même au sein d'une même ethnie, il y a encore des divisions très strictes, comme chez les Pachtouns, dominée par deux grandes confédérations, les ghilzaïs et les douranis, elles-mêmes fragmentées en multitudes de tribus, clans, groupes, qui s'opposent en permanence. Un biographe de Dost Mohammed, figure éminente de l'Afghanistan du 19e siècle observera qu':

 

 

il n' y a pas d'unité [chez les Pachtouns]. Rien n'est permanent. Chaque chose dépend du bon plaisir ou du caprice d'un certain nombre de despotes toujours en désaccord avec les autres et dont les tribus épousent les querelles personnelles."


De même, les populations sont très religieuses, et l'islam sunnite, prédominant, se heurte au chiisme des Hazaras, considérés comme des sous-citoyens, et à d'autres religions plus minoritaires, comme les ismaéliens, les hindouistes et même des animistes du Nouristan, dans les profondes et inaccessibles vallées de l'Hindou Kouch !

Enfin, le pays connaît deux langues officielles, le pachtou, parlée par 40 % de la population, et le dari, langue persane, parlée par les tadjiks.


Aussi, peut-on légitimement se poser des questions sur l'afghanité, notion qui ne recouvre nullement les multiples identités du pays, tiraillées entre les différentes ethnies, qui sont reliées à des espaces civilisationnels parfois forts différents, entre la Perse, le Pakistan et la Turquie.

 

On ne peut comprendre la politique afghane sans tenir compte de la variable "ethnique".

 

 

b°) Le désintérêt américain.

 

Si le pays de L'homme qui voulut être roi, de Rudyard Kipling, pouvait enflammer les imaginations, le régime "démocratique", corrompu et aboulique se meurt, dans l'indifférence internationale.

Si l'aide internationale fut de 244,5 millions de $ entre 1958 et 1962 et de 495,3 millions entre 1962 et 1967, elle s'effondra entre 1967 et 1972, passant à 295,3 millions de $ ! L'aide des USA , par rapport à la période 1962-1967, avait été divisée par 3, entre 1967 et 1972, passant à 53,1 millions de $. En juillet 1972, de passage à Kaboul, le secrétaire d'Etat au Trésor, John Connaly, passager de la limousine présidentielle à Dallas, en 1963, avait signifié au gouvernement afghan que l'aide américaine n'augmenterait pas.

 

Le désintérêt américain pour ce pays est du à l'éloignement de l'Afghanistan des zones pétrolières du Moyen-Orient et du Viet-Nam, où se joue un épisode décisif de la guerre froide. De même, pays sous-développé et enclavé, sans ressources naturelles, l'Afghanistan, pays sans infrastructures, n'intéresse guère les multinationales américaines, et est voué, par sa proximité géographique, à rester dans l'orbite soviétique. Les américains prennent donc acte de cette subordination inévitable de Kaboul sur Moscou.

 

c°) Dans l'orbite soviétique.

 

L'affaiblissement de l'aide internationale et américaine augmentait la dépendance de l'Afghanistan à l'URSS, principal bailleur de fonds du régime, qui avait, elle aussi, revue son aide à la baisse, de 258,3  à 126,3 millions de $.

Mais plus que l'aide financière, l'URSS se fit de nouveaux alliés dans l'Afghanistan du roi Zaher. En effet, le régime avait réussi à développer la scolarisation des afghans passant de 98 743 élèves dans le primaire, en 1951, à 760 469, en 1972.

A Kaboul, l'université s'était développé, et quelques milliers d'étudiants faisaient des études dans la capitale, dans les années 60. C'est dans ce vivier estudiantin qu'allait se former deux mouvances, l'une communiste, l'autre islamiste.

L'idéologie marxiste était fort attirante, dans les années 50, pour des intellectuels vivant dans des pays en voie de développement. Elle permettait de moderniser le pays tout en gardant la haute main sur l'économie, en évitant que les ressources soient pillées par des multinationales rapaces. Le modèle soviétique  était donc très en vogue, à l'époque, et signifiait, pour beaucoup de pays en voie de développement, l'espoir d' une entrée dans la modernité.

L'Afghanistan n'échappa pas à cette mode, et le mouvement communiste afghan se structura dans les 60 entre deux mouvances.

 

d°) Les deux tendances du communisme afghan.

 

Après la démission de Daoud, en 1963, le mouvement communiste afghan va se structurer autour de deux personnalités:

- Nour Mohammed Taraki.

 

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- Babrak Karmal.

 

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Aux élections législatives de 1965, qui sont caractérisées par un abstentionnisme record, de près de 90 %, les communistes ont 4 élus, dont Babrak Karmal et sa compagne Anahita Ratebzad.

L'année suivante, en 1966, une scission divise le mouvement communiste entre ses deux figures tutélaires. Les uns se réunissent autour de Karmal, dans le Parchtam, qui se proposait d'investir, progressivement, l'appareil d'Etat, pour établir un régime communistes, les autres, se mettent sous l'autorité de Taraki, dans le Khalq, qui était plutôt partisan d'une prise de pouvoir plus violente, par le biais d'un soulèvement poulaire.

Au-delà des divergences de stratégie, il y avait aussi une césure ethnique, Taraki étant pachtoun, Karmal, persanophone !

Une troisième tendance, ultra-minoritaire, maoïste, dirigée par Taher Badashki, disparaîtra en 1978.

 

Evidemment, les soviétiques vont soutenir les deux mouvances communistes afghanes et on estime que lors du coup d'Etat de 1973, il y avait un millier de conseillers militaires, à l'ambassade soviétique de Kaboul !

 

e°) La chute de Zaher Chah et le coup d'Etat de Mohammed Daoud Khan.

 

Dans la nuit du 16 au 17 juillet 1973, alors que le roi Zaher séjourne à Ischia, en Italie, un coup d'Etat piloté par des officiers communistes et républicains offre le pouvoir à Mohammed Daoud Khan, cousin du roi, et déjà premier ministre, surnommé le Prince rouge.

 

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Le putsh met fin à 40 ans de règne de Zaher, plutôt paisible, et ouvre de nouveaux horizons qui s'avèreront uniquement belliqueux ...opposant communistes et islamistes !

 

 

Conclusion:

 

Pendant près de 140 ans, l'Afghanistan est restée à la périphérie de la marche du monde, pays montagneux et sans ressources qui fut une zone tampon entre l'Empire russe et l'Empire britannique. Les anglais investirent le pays pour y contrer l'impérialisme russe et pour protéger les marches de l'Inde, au nord-ouest, mais ne s'établirent jamais durablement dans le pays, préférant soudoyer les émirs ou faire des traités garantissant la frontière indo-afghane sous contrôle militaire, comme celui de Gandamak en 1883. En 1919, ils ne jugèrent même pas pertinent de reconquérir le pays, après la déclaration de guerre du roi Amanoullah, et signèrent le traité de Rawalpindi, qui offrait l'indépendance à l'Afghanistan, preuve du peu d'intérêt stratégique des britanniques envers ce pays, région enclavée sans accès à la mer et couverte de sommets inaccessibles !

Alors que les tentatives de rois progressistes, comme Amanoullah, échouèrent, l'Afghanistan trouva une certaine stabilité, sous le roi Zaher Shah, de 1933 à 1973, qui privilégia une politique modérée, respectant les traditions afghanes, pour ne pas heurter le pays profond.

Mais  la corruption endémique de l'administration, l'immobilisme politique et le peu de croissance de l'économie afghane, peu aidée par la communauté internationale et délaissée par les américains, se traduisit par une satellisation du pays autour de l'URSS, dès les années 60, devenu le principal bailleur de fonds du régime et le premier partenaire économique du pays.

Le coup d'Etat de 1973, téléguidé par les communistes, était donc le point final de cette subordination de Kaboul à Moscou, et va ouvrir une période de près de 40 ans de guerre !

 

 

 

 

 



 


 


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Published by Tietie007 - dans Afghanistan
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