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28 novembre 2012 3 28 /11 /novembre /2012 16:02

I. La naissance d'un art américain.

 

Pays jeune, composé de migrants européens, le Vieux Continent aimantera encore pour longtemps les apprentis artistes du Nouveau Monde. Ce sont souvent des événements historiques qui accouchèrent d'un art américain.

 

A°) La guerre d'Indépendance et ses nouveaux héros.

 

1°) Les portraits de John Singleton Copley.

 

John Singleton Copley (1738-1815) fut un des grands portraitistes de l'époque, avec ses figures pleine de réalisme et de précision. Son Garçon à l'écureuil (1765) brille par son élégance.

 

495px-J_S_Copley_-_Boy_with_Squirrel.jpg

(Source:wikipedia)


Mais le peintre excellera aussi à présenter les héros de la révolution américaine, comme Paul Revere ou Samuel Adams. Copley nous livrera aussi une effrayante attaque de squale dans Watson et les requins (1778) qui aurait pu inspirer le Steven Spielberg de Jaws.


Watsonandtheshark-original.jpg

 


Comme beaucoup d'artistes américains, Copley part faire ses gammes en Europe où il s'installera définitivement à Londres, après le déclenchement de la guerre d'Indépendance.

 


2°) Benjamin West et John Trumbull ou la peinture historique.

 

West fut un des premiers peintres nés dans le Nouveau Monde qui connut un grand succès en Angleterre. Comme Copley, il s'exila en Europe pour faire ses humanités, à Rome puis à Londres. Il se spécialisa dans la peinture de scènes historiques, comme son Traité de William Penn avec les amérindiens (1771).

 

west-penn-indien.jpg

 

John Trumbull (1746-1843) fut aussi un des narrateurs de la guerre d'Indépendance, avec sa Déclaraction d'Indépendance.

 

640px-Declaration_independence.jpg

 


Lui aussi finira à Londres, comme Copley et West, preuve de la fascination du Vieux Continent sur les artistes du NouveauMonde.

 

3°) Charles Willson Peale et le premier musée américain.

 

Peale (1741-1827), élève de Copley et de West, sera le créateur du premier musée américain, à Philadelphie, en 1782, collationnant les portraits des héros de la jeune nation américaine.

 

4°) Thomas Cole et l'Hudson River School.

 

Thomas Cole sera le leader de la première école artistique américains, l'Hudson River School, qui s'attachera à peindre la nature prodigue du Nouveau Monde. Influencé par le naturalisme et le romantisme, Cole déclarera que " la nature sauvage est l'endroit approprié pour parler de Dieu", phrase inaugurant une forme de panthéisme propre aux immensités américaines. Cole se plaira à découvrir les monts Catskill et à les peindre. Il fut aussi l'auteur, en 1936, du Cours de l'Empire, fresque en 5 tableaux retraçant l'évolution d'un même lieu de l'état sauvage

 

640px-Cole_Thomas_The_Course_of_Empire_The_Savage_State_183.jpg

 

à la désolation,

 

640px-Cole_Thomas_The_Course_of_Empire_Desolation_1836.jpg

 

en passant par la civilisation.

 

Asher B.Durand, Frédéric Church ou Sanford Gifford cultiveront l'image paradisiaque du continent.

Albert Bierstadt ou Thomas Moran exploreront l'Ouest lointain, des Rocheuses au site de Yosemite et se feront les conteurs de cette nature immaculée. Les initiateurs du projet du parc naturel de Yellowstone, utilisèrent des toiles de Moran pour convaincre le Congrès américain.

 

yellowstone-moran-hass-cul.jpg

 (Le grand canyon de Yellowstone)

 

5°) Winslow Homer et le choc de la guerre de Sécession.

 

La guerre de Sécession va briser ce romantisme naturaliste, idéalisant cette terre promise, et Winslow Homer, engagé par le Harper's Weekly pour suivre l'armée du Potomac, narrera au public américain cette guerre civile.

 

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(Jour pluvieux dans un camp, 1871)

 

6°) Thomas Eakins, peintre et photographe d'une puissance naissante.

 

Thomas Eakins, peintre et photographe, s'attachera à décrire la réalité sans fard, comme dans La clinique Gross,

 

620px-EakinsTheGrossClinic.jpg

 

où la main ensanglantée du chirurgien fit scandale, et s'attacha à étudier l'anatomie humaine, comme dans ce montage photo.

 

Eakins-_Thomas_-1844-1916-_-_Study_in_the_human_motion.jpg

 

Mais dans cette Amérique puritaine, les excès du peintre/photographe, vont lui  coûter son poste à l'Académie de Pensylvannie.

 

Mais la tentation européene était toujours très présente, chez les artistes américains, comme les exils du fantasque James Whistler  ou de John Singer Sargent, qui fit ses classes chez Carolus Duran, dont voici le portrait.

 

475px-Portrait_of_Carolus-Duran.jpg

 


II. Du réalisme social de Robert Henri au Pop Art.

 

1°) Robert Henri et l'Ash Can School.

 

Robert Henri, comme tous les peintres américains, fit un détour par l'Europe et notamment par Paris, avant de retourner aux USA et d'enseigner au New-York School of Art.  C'est ici qu'Henri va rencontrer des illustrateurs de magazine, peintre à leurs heures perdues, pour former un groupe de 8, qui exposera en 1908, à Manhattan, et que l'on surnommera, postérieurement, par rapport à un tableau de George Bellows, Disappointments of Ash Can, en 1915 et improprement, l'Ash Can School. Le centre de gravité de la peinture américaine va alors se déplacer de Philadelphie vers New-York.

La devise de Henri était de ne pas faire de "l'art pour l'art", mais faire un art qui illustre "l'esprit du peuple". L'inspiration, les peintres de l'Ash Can la puiseront donc dans la vie quotidienne des citadins américains, dans les rues et les arrières-cours, traquant le Beau dans le banal et du quotidien, faisant du prosaïque et du trivial la grammaire de leurs oeuvres. Ce rapport intime avec la réalité des américains, la bande des 8 l'avait déjà travaillé dans les magazines dans lesquels ils travaillaient, en tant qu'illustrateurs, symbole d'artistes américains qui, loin des Académies européennes et de leur élitisme, venait de l'école du journalisme, dans laquelle ils avaient taillé leur pragmatisme et leur sens de la réalité comme  dans ce McSorley's Bar (1912), de John Sloan.

 

586px-McSorley-s_Bar_1912_John_Sloan.jpg

 

Edward Hopper et Stuard Davis furent des élèves de Robert Henri et leur style, notamment pour le premier, sera imprégné de ce culte du quotidien.

Henri fut donc un artiste engagé qui créera une école d'art au Centre Ferrer, institution anarchiste qui verra passer des personnalités comme Man Ray et Léon Trotsky.

 

2°) Edward Hopper et la redécouverte de l'Amérique.

 

a°) La tentation du Vieux Continent.

 

Comme beaucoup de ses collègues, Hopper fait son voyage initiatique en Europe, plus particulièrement à Paris, où il peindra le Louvre et les quais de Seine. Notre francophile aura du mal à se détacher de cette influence et il faudra attendre 1924 et ses aquarelles de maisons néo-victoriennes à Gloucester pour qu'il renoue avec un art authentiquement américain.

hopper.railroad

 (House by the railroad, 1925)b°)

 

b°) Dans le sillage de l'Ash Can School.

 

Hopper s'inscrit dans le chemin tracé par Robert Henri, en narrant l'Amérique urbaine de l'entre-deux-guerres, comme dans son célèbre Nighthawks (1942).

 

hopper.nighthawks.jpg

 

Comme pour le groupe de l' Ash Can, le peintre est aussi illustrateur dans les magazines, ce qui l'ancre profondément la réalité américaine et l'artiste a le souci "démocratique" de rendre ses peintures intelligibles au plus grand nombre. Le MoMA lui consacre une première rétrospective en 1933 et Alfred Barr, le directeur du musée, rapprochera sa peinture du cubisme, par son caractère géométrique.

 

3°) Le Pop Art et la culture de masse.

 

 

Si le Pop Art naquit en Grande-Bretagne, dans les années 50, avec des artistes comme Richard Hamilton et Eduardo Paolozzi, c'est surtout aux USA, dans les années 60, avec Andy Warhol, Jasper Jones, Robert Rauschenberg, Roy Lichtenstein ou Claes Oldenburg, que ce mouvement va atteindre son zénith. 

Le Pop Art, s'inspirait des icônes de la culture de masse, des objets produits par la société de consommation, pour mieux questionner le sens du consumérisme, libérateur et aliénant. Cette plongée de l'art dans l'univers de la consommation avait déjà été annoncée par un élève de Robert Henri, Stuart Davis, qui, en 1921, peignait son Lucky Strike.

 

324px-Davis_Stuart_Lucky_Strike_1921.jpg

      (Flag, 1954)

 

Lichtenstein détournait la BD, 


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(Whaam, 1963)

 

Claes Oldenburg fustigea le consumérisme ambiant, qui réduisait l'être humain à une machine à consommer, et Andy Warhol reproduisit à l'infini la Campbell's soup

Warhols_campbell_soup.jpg

 

ou l'image de Marilyn Monroe, dans une sérigraphie fort célèbre.


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(Marilyn Monroe, 1967)

Le Pop Art détournait les objets de leur fonction utilitaire, comme le faisait Marcel Duchamp avec ses "Ready Made", pour en révéler leur esthétique, parfois saugrenue, dans des expositions ou dans des musées. Mais le Pop s'inscrivait aussi dans ce culte du quotidien, cette culture  populaire, déjà honorés par l'Ash Can School.

 

III. L'expressionnisme abstrait.

 

1°) Les pionniers.

 

L'art moderne aux USA fut porté par le collectionneur et galeriste Alfred Stieglitz, qui en 1908, organisa une exposition à New-York pour faire connaître au public américain, Picasso, Picabia, Matisse.

Le galeriste va soutenir des peintres comme Georgia O'Keefe, Arthur Dove, ou Marsden Hartley, et son Portrait d'un officiel allemand (1914).


Hartley--Portrait-.-.jpg

En 1913, il organisa une vaste exposition, l'Armory Show, où il exposa 1250 toiles  d'artistes européens et américains. La manifestation fit scandale, mais lança l'art moderne aux Etats-Unis.


2°) L'expressionnisme abstrait.

 

a°) L'influence des exilés européens.

 

A partir de 1933, beaucoup d'artistes allemands s'exilent aux USA pour fuir les nazis. La vision de Hans Hofmann, qui enseigna à Berkeley et à New-York, va profondément influencer des jeunes peintres, comme Lee Krasner, Mark Rothko, Clement Greenberg et même un certain Robert de Niro, le père de l'acteur.

La guerre, à partir de 1939, va provoquer une autre vague d'émigration vers le Nouveau Monde, avec les départs de Marc Chagall, Yves Tanguy ou Max Ernst, faisant de New-York la nouvelle capitale de l'art moderne, art détesté par les nazis.

C'est à partir de 1948 que quelques artistes, comme de Kooning, Franz Kline ou Jackson Pollock,  commencent à parler d'expressionnisme abstrait et la même année, une exposition financée par des fonds publics, met en scène cette nouvelle manière de peindre. En 1952, le MoMA, avec "The New American Painting" fera connaître ce mouvement au monde entier.

 

b°) Jackson Pollock, psychanalyse et dripping.

 

Issu d'une famille pauvre de l'Ouest américain, alcoolique précoce, Jackson Pollock, qui ne fera pas d'études secondaires, fut, dès son enfance,  fasciné par les rituels Navajos. Dans les années 30, il s'inscrit dans une école d'art à New-York et est impressionné par les fresques murales du peintre mexicain José Clemente Orozco et par l'oeuvre de Picasso. En 1937, il suit une cure de désintoxication alcoolique et commence une psychanalyse avec un élève de Jung. L'oeuvre de Pollock fut profondément influencée par l'écriture automatique surréaliste, sensée être une passerelle vers l'inconscient et les pratiques najavos, notamment les dessins que ces derniers pratiquaient sur le sable. Sur une toile clouée au sol, autour de laquelle le peintre pouvait graviter, il se livrait à la technique du dripping (égouttement) et du pourring (déversement), ayant un rapport très physique dans la création de son oeuvre.

L'expressionnisme abstrait est donc, à l'inverse, de l'Ash Can School et du Pop Art, un mouvement plus élitiste, déconnecté de la société, qui se concentre sur la psychologie de l'artiste qui exprime son "moi" profond, dans ses oeuvres.

Pollock par son investissement physique lorsqu'il travaillait, photographié par Hans Namuth, fut à l'origine de l'expression "action painting", qui consacre l'importance de la gestualité des peintres dans leur oeuvre, un peu comme si l'artiste effectuait des rituels sacrés, redonnant à l'art une transcendance que Pollock avait trouvé chez les Navajos.

Autumn_Rhythm.jpg

(Automn Rythm, 1950)

 

 

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Published by Tietie007 - dans HISTOIRE DES ARTS
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