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21 juin 2012 4 21 /06 /juin /2012 08:15

Syrie

(source:wikipedia)

A lire, L'Histoire n°375, mai 2012, consacré à la Syrie.

 

I Naissance de l'esprit national.

 

1°) Nahda, la Renaissance.

 

Avec la lente décomposition de l'Empire ottoman face à un Occident triomphant, des hommes politiques et intellectuels arabes vont s'interroger sur la modernisation nécessaire du monde arabe, pour s'arracher de la domination ottomane et redonner au monde musulman sa puissance d'antan.

 

a°) Mehemet Ali, le modernisateur de l'Egypte.

Mehemet Ali

 

mehemet-ali-egypte.jpg

(source:wikipedia)

le fossoyeur des Mamelouks qui avait gouverné l'Egypte durant 600 ans, prit le pouvoir en 1811 et le garda jusqu'à sa mort, en 1849, avec l'appui du sultan ottoman. Père de l'Egypte moderne, il axa sa politique sur la modernisation du pays, en construisant une infrastructure, en ouvrant des écoles, en développant l'imprimerie et en organisant une armée.

En conflit avec le sultan, les armées égyptiennes vont envahir la Palestine et la  Syrie, en 1831, écrasant les ottomans à la bataille de Konya, en 1832. Le salut de Constantinople prit le visage d'une intervention dipomatique franco-anglaise, qui imposa aux deux adversaires, une solution négociée, en 1833. La Palestine et la Syrie furent léguées à l'Egypte.

Mais le sultan reprit le chemin de la guerre, peu après, et il fut défait, une seconde fois par les troupes égyptiennes, en 1839, à Nisibe.

Les puissances occidentales, inquiètes du sort de l'immense Empire ottoman, imposent le Traité de Londres par la force, en 1840, puisque un corps expéditionnaire anglais débarquera en Syrie et investira Beyrouth et Acre, pour faire plier Mehemet. Ce dernier gardera l'Egypte mais perdra la Syrie.

 

b°) Jamal Al-Din, pour un islam éclairé.

 

Jamal al-Din surnommé al-Afghani,

 

al-afghani-barbu-barbe.jpg

 

développera une nécessaire réinterprétation du texte coranique par le biais de la modernité (ce qui est totalement opposé au courant salafiste ou islamiste radical). Réformiste, voulant adapter l'islam au monde moderne, il répondra au philosophe français, Ernest Renan, qui au cours d'une conférence à la Sorbonne, avait affirmé que la religion musulmane était contre l'esprit scientifique. Voici la magnifique introduction de la réponse d'Al-Afghani à Renan:

 

 "En songeant toutefois que la religion chrétienne a précédé de plusieurs siècles dans le monde la religion musulmane, je ne peux pas m’empêcher d’espérer que la société mahométane arrivera un jour à briser ses liens et à marcher résolument dans la voie de la civilisation à l’instar de la société occidentale pour laquelle la foi chrétienne, malgré ses rigueurs et son intolérance, n’a point été un obstacle invincible. Non, je ne peux admettre que cette espérance soit enlevée à l’islam. Je plaide ici auprès de M. Renan, non la cause de la religion musulmane, mais celle de plusieurs centaines de millions d’hommes qui seraient ainsi condamnés à vivre dans la barbarie et l’ignorance". 

 

2. Les précurseurs du nationalisme arabe.

 

a°) La Syrie de Butros al-Bustani.


Ce sont des intellectuels, comme Butros al-Bustani,

 

Butrus_bustani.jpg

(source: wikipedia)

 

qui vont valoriser le patrimoine arabe de la région et redécouvrir le terme "Surya", utilisé dans l'Antiquité, qui ferait référence à une patrie syrienne.

Bustani est un fervent défenseur de la patrie syrienne et du nationalisme arabe, qui devrait transcender les appartenances religieuses et promeut l'idée d' un Etat séparé de la religion.

 

b°) Abd al-Rahman al-Kawakibi, pour la connaissance et la démocratie.

 

Né à Alep, dans une famille bourgeoise, le syrien al-Kawakibi stigmatisera l'abolition de la Consititution ottomane par le sultan Abdul-Hamid II, en 1876, consacrant le retour à l'autocratie. Il sera un moment emprisonné par les ottomans et se réfugiera en Egypte, où il continuera à critiquer le sultan.

Dans le sillage d'al-Afghani, al-Kawakibi affirme que c'est par la connaissance et le savoir que les arabes sortiront de l'obscurantisme religieux, alimenté par le pouvoir ottoman.

Dans son livre "Caractéristiques du despotisme", écrit en prison, il se montre le fervent partisan du régime démocratique, de la séparation des pouvoirs, seule manière d'éviter le retour d'un despote, et le respect de toutes les religions.

 

3°) La Première guerre mondiale ou le renouveau arabe.

 

a°) La répression ottomane.

 

Les mouvements nationalistes arabes vont se développer à la fin du 19eme et au début du 20eme, durement réprimés par le pouvoir ottoman. A Beyrouth, en 1915, 23 autonomistes syriens sont exécutés sur ordre du gouverneur ottoman, Djamel Pacha.

 

b°) Le nationalisme arabe instrumentalisé par les anglais.

 

Alors que la première guerre mondiale faisait rage, les anglais, par le biais du général MacMahon, haut-commissaire britannique en Egypte, vont alimenter le nationalisme arabe contre l'Empire Ottoman, allié des allemands et des austro-hongrois.  Ce dernier promet à Hussein, chérif de la Mecque, l'indépendance des arabes si ceux-ci combattent les germano-turcs.

Mais les franco-anglais essaient surtout d'utiliser tous les moyens pour gagner la guerre, en faisant des promesses qu'ils ne tiendront pas. Et la contradiction de la politique anglaise est patente lors de la déclaration de Balfour, dans laquelle le ministre des affaires étrangères britannique, Lord Balfour, se déclare en faveur d'un foyer de peuplement juif en Palestine.

 

c°) Les accords Sykes-Picot ou le partage de l'Empire ottoman.

 

Les accords Sykes-Picot, du nom des deux négociateurs anglais et français, signés en 1916, illustrent la duplicité des anglais par rapport aux arabes. Ils attribuent aux deux puissances les zones d'influence dans le futur empire ottoman démembré, après la victoire.

 

d°) Fayçal et Lawrence d'Arabie ou le rêve de la Grande-Syrie avortée.

 

Avec l'aide du colonel Lawrence, immortalisé dans le beau film de David Lynch, Lawrence d'Arabie,

 

Peter_OToole_in_Lawrence_of_Arabia.jpg

(Peter O'Toole, dans le rôle de Lawrence d'Arabie, source: wikipedia)

 

Fayçal, le fils d'Hussein, repousse les armées ottomanes et conquiert Damas, en octobre 1918. Il sera proclamé roi de l'Etat indépendant de Syrie, en 1920. Mais les alliés ne l'entendent pas de cette oreille et lors de la conférence de San Remo, en avril 1920, la France recevait un mandat sur la Syrie et l'Angleterre obtenait la Palestine, l'Irak et la Jordanie.

Le 24 juillet 1920, les troupes françaises commandées par le général Gouraud, écrasaient les armées syriennes de Youssef al-Azmeh, à Khan Mayssaloun, mettant fin au rêve d'une Grande Syrie indépendante.

 

II. Du mandat français à l'indépendance.

 

Le mandataire français va diviser pour mieux régner, et s'appuyer sur les minorités pour tuer dans l'oeuf la résurrection de la Grande-Syrie.

1°) Le mandat français (1920-1946).

a°) La création du Grand Liban.

 

Coincé entre la Méditerranée et le mont Liban, cette bande côtière de 250 kilomètres qui se nomme Liban était surtout habité par des chrétiens maronites. Cette Eglise orientale, soumise à Rome, avait accepté les principes du concile de Chalcédoine, en 451 après J.C.

En 1920, la puissance française, soutenant les chrétiens maronites, créent le Liban, qu'elle détache de la Syrie.

 

b°) La fragmentation de l'espace syrien.

 

Le mandataire français va diviser la Syrie en plusieurs autres Etats:

- l'Etat de Damas.

- l'Etat d'Alep.

- l'Etat du djebel druze au sud.

- l'Etat des alaouites, sur la côte.

- l'Etat du Sanjak.

 

687px-Mandat-de-syrie.png

(Source:wikipedia)

 

c°) L'accord Viénot et l'horizon de l'indépendance.

 

L'arrivée au pouvoir du Front Populaire, en 1936, va déboucher sur des négociations entre Paris et les nationalistes syriens qui se traduira par l'accord Viénot, promettant l'indépendance à la Syrie en contrepartie d'avantages politiques et économiques.

 

d°) Le cession d'Alexandrette à la Turquie.

 

En 1939, pour neutraliser la Turquie, dans la future européenne qui s'annonce, les français lèguent le Sandjak d'Alexandrette.

Ce territoire est toujours la cause de tensions entre la Syrie et la Turquie, puisque la première considère que le Sandjak lui a été volé.

 

e°) La guerre franco-française de Syrie.

 

Lors de la seconde guerre mondiale, la Syrie vichyste, sous l'autorité du général Dentz, prend une certaine importance après la révolte de Rachid Ali contre les anglais, en Irak. Les britanniques, avec l'aide des forces gaullistes, vont lancer l'opération Exporter, en juin 1941, pour arracher la Syrie à l'influence vichyste, ce qui sera fait en juillet 1941. Le 14 juillet, vichystes et anglais signent l'armistice de Saint-Jean d'Acre, ce qui met en fureur le général de Gaulle, les français libres n'ayant pas été invités aux négociations. Cet impair britannique sera modifié lors des accords Lyttleton-De Gaulle, 10 jours plus tard.

 

II.La Syrie indépendante.

 

1°) 24 ans d'instabilité.

 

a°) 3 coups d'Etat en 1949 !

 

La Syrie devient indépendante en 1946, avec à sa tête, Shukri al-Kuwatli. Mais la victoire israélienne lors de la première guerre israélo-arabe, en 1948, va être fatale à Kuwatli, renversé par  le colonel Husni al-Zaim, soutenu par le Parti social nationaliste syrien, mouvement à tendance fasciste, partisan d'une Grande-Syrie.

Mais le nouvel homme fort de Damas va trahir le fondateur du PSNS, Antoun Saadé, qui, réfugié dans la capitale syrienne, après un coup d'état avorté au Liban, en 1949, sera livré par Zaim aux libanais, crise de lèse-parti qui sera payé dans le sang, par l'assassinat du même Zaim, la même année, par un membre du PSNS, Sami al-Hinnawi.

Mais un troisième coup d'état va marquer cette année 1949, en décembre, perpétré par Adib Chickackli, qui restera au pouvoir pendant 5 ans.

 

b°) L'éphémère République arabe unie (1958-1961).

 

De 1958 à 1961, dans le sillage du Président égyptien Nasser,

 

nasser-egypt.jpg

(source:wikipedia)

 

la Syrie et l'Egypte, unissent leur destin dans une République arabe unie. Mais en 1961, un coup d'état va faire éclater cette union et le rêve panarabe de Nasser.

 

c°) Le parti Baas au pouvoir.

En 1963, un coup d'état téléguidé par le parti Baas, porte  la tête de la Syrie, Amin al-Hafez.

Le Parti Baas a été crée en 1947, à Damas, pour prôner un panarabisme socialisant sous la houlette d'un chrétien, Michel Aflaq.

Taraudé par une aile nationaliste et une autre marxiste, c'est la première, qui l'emportera, en 1970, avec l'arrivée au pouvoir, après un énième coup d'état, du général Hafez el-Assad.

 

2°) La Syrie des Assad (1970- ...).

 

a°) Un régime autoritaire.

 

L'instabilité chronique des régimes politiques syriens depuis l'indépendance, la mosaïque de peuple et la diversité confessionnelle du pays, entre sunnites, alaouites, druzes, chrétiens, va pousser Hafez el-Assad

 

Hafez_al-Assad.jpg

 

à diriger le pays d'une main de fer, s'appuyant sur la police et l'armée pour faire régner l'ordre, par la répression.

Le nouvel homme fort de Damas est un alaouite, communauté chiite qui compose 10 % de la population syrienne, nettement minoritaire par rapport au 60 % de sunnites. Cette situation ne fera que renforcer sa politique de coercition envers les syriens, en majorité sunnite.

 

b°) Le combat pour la Palestine contre Israël.

 

Les états arabes de la région se focalisèrent sur le problème israélo-arabe. Les défaits militaires syriennes en 1967, 1973 et 1982 contre le puissant voisin israélien ont été durement ressenti par le régime de Damas.

Après la guerre des 6 jours, en 1967, les israéliens ont occupé le plateau du Golan, région syrienne, qui fut annexé en 1981.

La question de la restitution du Golan à la Syrie, consacré par la résolution de l'ONU n°242, reste un préalable obligatoire pour entamer un nouveau processus de paix, entre les deux pays.

Les accords de paix entre la Jordanie, l'Egypte et Israël, ainsi que les accords entre l'OLP et l'état israélien, ont désarticulé ce front arabe pour la Palestine, dont Damas se faisait le héraut.

Mais avec l'invasion israélienne du sud-Liban, en 1982, la Syrie et l'Iran, ont soutenu la création du Hezbollah, mouvement chiite libanais, pour lutter contre les israéliens. 

Le Hezbollah soutenu par Damas, a un double intérêt pour les syriens:

- faire pression sur Israël, puisque du sud-Liban, les troupes d'Hassan Nasrallah, peut bombarder les territoires israéliens.

- empêcher tout majorité stable au Liban, pour

c°) Le Liban, arrière-cour syrienne.

 

Les syriens et des mouvements libanais, comme le PSNS, n'ont jamais accepté la création du Liban, par les français, et rêvent toujours d'une Grande-Syrie.

En 1975, phalangistes chrétiens et palestiniens font parler les armes, débutant une cycle de violence qui va durer 15 ans. En 1976, l'armée syrienne intervint pour imposer un "cessez-le-feu", qui n'arrivera que beaucoup plus tard. La Syrie exploita le chaos libanais pourj contrôler le pays. Même après la fin de la guerre civile, en 1990, les troupes syriennes restèrent dans le pays, faisant du Liban un quasi-protectorat.

Mais en 2005, l'ancien premier ministre libanais, Rafiq Hariri,

 

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de confession sunnite, farouchement opposé à la Syrie, fut tué dans un attentat à la bombe. Damas fut soupçonné d'être le commanditaire de l'assassinat. L'émoi au Liban fut immense, et la communauté internationale, sous l'impulsion de Jacques Chirac et George W.Bush, fit appliquer la résolution n°1559 de l'ONU, sur le retrait des troupes syriennes du Liban.

 

d°) La Syrie de Bachar el-Assad.

 

Succédant à son père, Hafez, décédé en 2000, Bachar el-Assad

 

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malgré son modernisme apparent, a continué la politique de son père, ne démocratisant pas le régime syrien et continuant son alliance stratégique avec l'Iran.

Depuis le début de l'année 2011, dans le sillage des révolutions arabes, la population syrienne s'est révolté entraînant une spirale de violence qui continue. C'est la révolte des syriens avides de nouvelles libertés, mais c'est aussi le conflit entre une majorité sunnite contre la minorité alaouite, chiite, du président Assad, financé par l'Arabie Saoudite.

Nous pouvons donc avoir deux lectures du mouvement de contestation de 2011 :

- une révolte aspirant à une démocratisation du régime.

- une révolte alimentée par l'argent saoudien, pour imposer un régime islamique d'obédience sunnite, contrôlé par les Frères Musulmans, porteur de sombres lendemains pour les minorités chiites et chrétiennes du pays.


 

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Published by Tietie007 - dans PROCHE-ORIENT
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