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28 juin 2012 4 28 /06 /juin /2012 13:26

Bibliographie

 

La révolution russe, la tragédie d'un peuple d'Orlando Figes, Folio Histoire, 2009.

 

 

 

 

 

 

 

I. Le soviet accepte un gouvernement bourgeois.

 


Alors que la révolution était partie du peuple, ce sont les élites russes qui vont gouverner le pays, jusqu'en octobre 1917.

 

1°) Février 1917, une révolte populaire qui se transforme en révolution.

 

a°) La révolte populaire.

 

Le 23 février 1917, journée internationale de la femme, les femmes de Petrograd, manifestent  sur la perspective Nevski, pour réclamer l'égalité des droits  et montrer leur mécontentement contre la politique de rationnement décrétée par le pouvoir tsariste, qui s'est traduite par la fermeture de certaines boulangeries, qui ne sont plus ravitaillées en farines. L'atmosphère était plutôt bon enfant, et les slogans à caractère politique étaient absents. D'ailleurs, le socialiste Nikolaï Soukhanov ne parlait de désordres et  le bolchevik Chliapnikov, lors d'une réunion du parti, le même jour, déclarera à ses camarades que cette révolte de la faim ne se tranformera pas en révolution, qu'il suffirait que le pouvoir tsariste distribue un poud de farine pour calmer les ardeurs du peuple.

 

b°) La révolution: l'armée rejoint le peuple.


Ce qui va transformer la révolte du pain en révolution politique, c'est le ralliement d'une partie de la garnison de Petrograd aux manifestants, notamment d'une partie du régiment Preobrajenski, sous l'action de Fedor Linde.

 

c°) L'élection du soviet du Petrograd.

 

Le 28 février, 3000 délégués du soviet nouvellement élu, se pressait pour élire leur président, le menchevik Tchkeïdze, flanqué de Kerenski et de Skobelev. Le comité exécutif du soviet, véritable organe de commandement, était alors contrôlé par les mencheviks, majoritaires par rapport aux bolcheviks et aux socialistes-révolutionnaires (SR).

 

2°) La bourgeoisie et les généraux contre le Tsar.

 


a°) La Douma et les militaires lâchent le Tsar.

 

Alors que la révolution populaire grondait à Petrograd, à Pskov, où Nicolas II s'était arrêté, sur le chemin du retour vers sa capitale, le chef d'état-major de l'armée, le général Alexeïev et le chef de la Douma, Milioukov, pressaient le tsar d'abdiquer, ce qu'il fera le 2 mars. Les élites russes venaient d'achever une institution totalement déconsidérée.

 


b°) Le paradoxe de Février.

 


Le soviet et la Douma étaient donc les deux pouvoirs qui restaient, en Russie, l'un incarnant les couches populaires, l'autre, la bourgeoisie. Il aurait été logique que le soviet des ouvriers et des paysans s'empare du pouvoir. Mais les mencheviks et les socialistes-révolutionnaires pensaient que la Russie n'était pas mûre pour une révolution socialiste. Se référant à l'orthodoxie marxiste, une phase de transition, bourgeoise, permettrait à l'économie de décoller et au peuple de s'éduquer, conditions nécessaires à l'entrée dans l'ère du socialisme, prodrome du communisme. De plus, le soviet craignait que l'anarchie s'installe et qu'une contre-révolution militaire se fasse jour. Pour toutes ces raisons, le soviet demanda aux bourgeois de la Douma, de former un gouvernement. La révolution était partie d'en-bas, du peuple, mais c'est la bourgeoisie qui raflait la mise, puisque le chef du 1er gouvernement provisoire serait un Prince,  ce que Trotski appela le "paradoxe de février".


3°) Le gouvernement provisoire et le soviet, deux légitimités antagoniques.

 

a°) Le gouvernement: du Prince Lvov .

 

Le 2 mars, le KD Pavel Milioukov, qui incarnait les intérêts de la bourgeoisie, 

 

Pavel_Miliukov3.jpg

(Source:wikipedia)

 

forma un nouveau gouvernement, présidé par le Prince Lvov,


 

lvov

(source:wikipedia)

 

un homme pragmatique, peu porté sur les idéologies et respecté par tous. Les 12 ministres, étaient tous issus de l'ancienne Douma. Milioukov présidait aux affaires étrangères et l'ambitieux Kerensky, vice-président du soviet et menchevik (socialiste réformiste), à la Justice.


kerensky-kerenski.jpg

(source:wikipedia)

 

Ce gouvernement comptait continuer la guerre contre les puissances centrales (ce qui était antinomique avec l'Ordre n°1) et libéraliser la société et l'économie russe, notamment commencer une réforme agraire, pour accélérer le développement de la Russie.

 

b°) L'épée de Damoclès du Soviet.

 

Si le soviet avait accepté un gouvernement bourgeois, il avait obligé ce dernier a accepté 8 points, consacrant toute une série de liberté, qui fera dire à Lénine que le gouvernement Lvov était devenu "le pays plus libre du monde".

 


c°) L'ordre n°1, ferment de décomposition de l'armée.

 

Dans la foulée de la révolution de février, début mars, le soviet de Petrograd avait édité l'Ordre n°1, qui posait que dans chaque compagnie, un comité de soldats, n'obéissant qu'au soviet, ferait pendant à l'autorité des officiers. Ce Prikaz allait miner les fondements de l'armée russe, qui allait se déliter sous la pression de soldats qui ne voulaient plus se battre et se traduire par une situation de quasi-anarchie qui allait amener les bolcheviks au pouvoir.

 

II.Un gouvernement provisoire sans pouvoir.

 

1°) La balkanisation de la Russie.

 

a°) Une administration qui s'effondre.

 

La révolution de février avait sapé l'autorité de l'administration tsariste, qui se délitait, laissant une grande partie de l'immense territoire glisser vers l'anarchie. Si la dualité soviet/gouvernement est une des constantes du régime issu de la révolution de février, la fragmentation politique de l'espace politique russe en est une autre.

L'immense empire se se balkanise, morcellé en des milliers de pouvoirs locaux, qui n'obéissent plus au centre. 

Les partis au pouvoir vont louvoyer pour imposer une loi électorale renvoyant aux calendes grecques une Constituante censée apporter une nouvelle légitimité au futur gouvernement et désespérant les russes de bonne volonté.

 

b°) L'anarchie paysanne.

 

La révolution de février va ouvrir la voie à un partage des terres par les paysans russes. Hobereaux, propriétaires terriens, vont subir les assauts des moujiks, ivres de vengeance après des centaines d'années d'humiliation. Ce "partage noir" va être piloté par la communauté villageoise ou mir et va s'accélérer après la nomination,en mai, du socialiste-révolutionaire, Viktor Tchernov, au Ministère de l'Agriculture.


tchernov-sr-russie.jpg

(Source: wikipedia)

 

Le Prince Lvov assista impuissant, à cette anarchie paysanne, la légitimant comme la "revanche des serfs" contre des hobereaux qui avaient traités les moujiks comme des "chiens". De toute façon avec la désintégration de l'administration russe, le gouvernement provisoire n'avait aucun levier pour éviter ce cycle de violence paysanne.

Les comités temporaires mis en place le 20 mars, par le gouvernement, et censés faire respecter la loi, se transformèrent rapidement en organes révolutionnaires, justifiant la confiscation des terres des hobereaux.

La première assemblée paysanne panrusse, qui se réunit au mois de mai, justifia cette politique d'expropriation qu'un gouvernement spectateur regardait sans pouvoir agir.


c°) Les gardes rouges.

 

De nombreux révolutionnaires de février, surtout des ouvriers, n'avaient pas rendu les armes et étaient organisés en brigade responsables devant le soviet. Lorsque le gouvernement créa sa propre milice pour faire régner l'ordre, ces "gardes rouges" ne furent pas désarmés, puisqu'ils étaient l'expression de la dualité du pouvoir en Russie, entre gouvernement légal et soviet.

En juillet 1917, la garde rouge de Petrograd comprenait 20 000 ouvriers en armes.


d°) La question nationale.


La révolution de février avait relancé les mouvements des nationalités soumis à l'impérialisme grand-russe. Le Parti Constitutionnel-Démocrate (KD) était partisan de garder intact l'empire russe et de ne pas céder aux pressions des forces nationalistes. Les mencheviks et les socialistes-révolutionnaires se rallièrent aux vues du gouvernement libéral. Deux régions de l'empire connaissaient des mouvements nationaux puissants, la Finlande et l'Ukraine. La Rada ukrainienne, lassée des atermoiments du gouvernement central, déclara, le 10 juin 1917, la liberté de l'Ukraine. Le 2 juillet, une délégation russe menée par Kerensky trouva un compromis avec les ukrainiens. L'Ukraine était dotée d'une large autonomie et la Rada était reconnue. Le parti Kadet, ulcéré, quitta alors le gouvernement, isolant un peu plus celui-ci.

 

2°) Une guerre impopulaire, une armée qui se délite.

 

a°) Les buts de guerre: gouvernement contre soviet.

 

Alors que le pays était au bord du gouffre, le gouvernement provisoire, fidèle aux alliés franco-anglais, continua la guerre dans un contexte désastreux, ce qui contribua à son impopularité croissante. 

La bourgeoisie libérale, les Kadets et les consitutionnalistes, suivant la politique impériale grand-russe, voulait continuer la guerre pour avoir le bénéfice des concessions faites par les alliés, lors de traités secrets signés en 1916, qui promettaient à la Russie un accès au détroit turc et le contrôle de Constantinople, vieille lune de la stratégie russe.

Par contre, le soviet de Petrograd, le 17 mars, lança un "Appel aux peuples du monde entier", où il déclarait renoncer aux buts de guerre russe, et appelait les peuples des pays belligérants à manifester pour la paix. Milioukov, alors ministre des affaires étrangères, fit mine de se rallier aux positions pacifistes du soviet, tout en certifiant aux puissances alliées que la Russie continuerait la guerre, double jeu qui rendit le kadet impopulaire auprès des ouvriers et des soldats.


b°) La décomposition de l'armée.


L'ordre n°1, créant des comités de soldats dans les compagnies, avait miné l'autorité et la discipline militaire. Lorsque Broussilov fut nommé en mai, chef d'état-major de l'armée, il s'aperçut que outre la fuite de centaines d'officiers devant des soldats remettant en cause leur autorité, des centaines de milliers d'hommes avaient déserté, un million, de mars à octobre.

Beaucoup de soldats ralliaient les bolcheviks, même sans rien connaître au léninisme, car ces derniers étaient les seuls à demander une paix immédiate.


 

III.D'avril à octobre 1917, la montée en puissance des bolcheviks.

 

1°) Le retour de Lénine.

 

a°) Les thèses d'Avril.

 

Relativement absent des journées de février, dominées par les mencheviks et les socialistes-révolutionnaires, les bolcheviks allaient exploiter l'impopularité croissante du gouvernement provisoire, surtout à partir de la prise de pouvoir d'Alexandre Kerensky, le 5 mai.

Vladimir Ilitch Oulianov dit Lénine, le chef du parti bolchevik, 


lenin lenine illitch illich urss

(Source:wikipedia)

 

absent des événément de Février, car en exil en Suisse, arriva à Petrograd le 3 avril 1917. Cela faisait 17 ans que Lénine n'avait plus mis les pieds en Russie.

Le lendeman, au palais de Tauride, où siégeait le soviet, il stupéfia l'assemblée par son programme politique. Au lieu d'accepter une étape bourgeoise, Lénine exigeait une seconde révolution pour donner le pouvoir aux ouvriers et aux paysans, allant à l'encontre des idées des sociaux-démocrates mencheviks et SR. Tsereteli, président du soviet, accusa alors l'orateur d'oublier Marx (qui prônait une étape bourgeoise) au profit de Bakounine (militant anarchiste qui prônait l'abolition de l'Etat).

Le 7 avril, Vladimir Illitch, dans un article dans la Pravda, précises ses thèses d'Avril en demandant :

- une paix immédiate.

- tout le pouvoir au soviet.

- supression de la police et de l'armée.

- confiscation des terres des propriétaires terriens par les paysans, par le biais des soviets locaux.

- fusion de toutes les banques contrôlées par le soviet.

 

Lénine, par ses thèses anarchistantes, peu en phase avec sa théorie qui mettait le parti au centre de la révolution, essayait d'exploiter le désir de paix des soldats et le besoin de terre des paysans, pour rallier un maximum d'entre eux à la cause bolchevique.


b°) Les grèves d'avril.

 


Le 20 avril, des milliers de soldats et d'ouvriers manifestent dans les rues de Petrograd, réclamant la fin du gouvernement bougeoise et le transfert du pouvoir au soviet, suivant la ligne léniniste. Le lendemain, des combats eurent lieu entre les manifestants et des partisans de la guerre.

Irakli Tsereteli, menchevik et président du soviet, effrayé par la violence de la rue, notamment celle des bolcheviks et des anarchistes, se rallia aux vues du gouvernement et entra dans le nouveau gouvernement du Prince Lvov, le 5 mai 1917, comme ministre des Postes et des Télégraphes alors que Kerensky prenait le ministère de la guerre. Le Prince, en s'appuyant sur le soviet, essayait de donner une nouvelle légitimité populaire à son gouvernement.


2°) L'échec du gouvernement et la bolchevisation des masses.

 


Lénine, malgré son discours radical, craignait qu'une révolution prématurée soit tuée dans l'oeuf, et fasse le lit d'une contre-révolution militaire. Aussi, se méfiait-il du "spontanéisme" des masses bolchevisées ou anarchistes, qui, en précipitant la révolution, pourrait l'enterrer.

 

a°) Cronstadt et Vyborg, avant-garde de la révolution bolchevique.

 

Début mai, les bolcheviks étaient majoritaires chez les soldats de Kronstadt, base navale sur la baltique.

Or, le 16 mai, le soviet de Kronstadt se déclara souverain, rejetant l'autorité du gouvernement, proclamant la République soviétique de Kronstadt. Lénine pesta contre ce manque de discipline du parti, et le président du soviet de Petrograd, Tsereteli, obtint par la négociation la fin de la rebellion kronstadtienne, le 24 mai. Il n'en restait pas moins que la base navale était une épée de Damoclès pointée sur la capitale russe.

D'ailleurs, début juin, les marins de Kronstadt planifièrent un coup d'état, ce qui divisa les hautes instances du parti, entre une ligne Lénine/Staline, favorable à l'action, et une ligne Zinoviev/Kamenev, attentiste. Au dernier moment, le soviet recula et les manifestations furent reportées.

L'autre bastion du militantisme révolutionnaire, était le quartier ouvrier de Vyborg, dans les faubourgs de Petrograd, où était la garnison des 10 000 soldats du 1er régiment des mitrailleurs, largement acquis aux bolcheviks.

 

b°) La fuite en avant militaire, prolégomène à la bolchevisation des masses.

 

Alors que la Russie était exsangue, le ministre de la Guerre, le menchevik Alexandre Kerensky, demanda à son nouveau chef de l'armée, Broussilov, de lancer une offensive à l'Ouest. Son idée, était de finir la guerre rapidement. Mais ce fut une dramatique erreur d'appréciation, qui rallia de plus en plus de soldats aux bolcheviks et précipitera la chute du gouvernement provisoire.

Même Broussilov s'aperçut, au cours d'une tournée sur le front, que les troupes étaient totalement démoralisées, et que le slogan bolchevik de la paix immédiate, ralliait de plus en plus de soldats aux thèses de Lénine, sans d'ailleurs les connaître précisément. L'historien Allan Wildman nommera ce phénomène le "bolchevisme de tranchée".

Le ministre de la guerre ne voulut rien savoir et l'offensive début le 16 juin. Après une avance initiale, la contre-offensive allemande pulvérisa l'armée russe, qui se débandait devant l'ennemi, les soldats désertant en masse ! Cette ultime offensive précipita la césure entre les soldats et leur gouvernement.

 

c°) La journée du 4 juillet, un octobre manqué.

 

Affaibli par le départ des ministres Kadets, après la reconnaissance de l'autonomie de l'Ukraine, miné par le désastre militaire de l'offensive Broussilov, le gouvernement du Prince Lvov devenait fantôme, à la merci d'un coup d'état perpétré par une garnison de Petrograd, largement bolchevisée.

Le 4 juillet, des milliers d'ouvriers et de soldats envahirent la perspective Nevski, décidée à renverser le gouvernement. Curieusement, le parti bolchevik n'avait pas donné de consignes précises, laissant la manifestation à sa dynamique confuse. La pusillanimité de Lénine était due à la crainte que la situation révolutionnaire ne soit pas tout à fait mûre, pour défier le pouvoir central, une action précipitée pouvant entraîner une répression brutale, tuant dans l'oeuf les velléités révolutionnaires.

Mais ce jour-là, le palais de Tauride, où siégeait le gouvernement et le soviet, était offert aux manifestants, sans troupes pour le protéger, mais la foule, sans directives précises, se consumma dans une vaine rage, hésitante et finalement dispersée par la colère des cieux, un gigantesque orage qui couvrit Petrograd de ses eaux.

La journée du 4 juillet fut un Octobre manqué, mais ce n'était que partie remise.

 

d°) La mise au ban des bolcheviks.

 

Très rapidement, le gouvernement désigna les bolcheviks comme les instigateurs de la tentative de coup d'état du 4 juillet. C'était en partie vrai, même si un Trotski,

 

trotski-trotsky.jpg

 

 

sauva le menchevik Tsereteli, venu parlementer avec les manifestants, d'un lynchage assuré.

Le 6 juillet, les troupes loyalistes encerclèrent le QG bolchevik, l'hôtel Ksechinskaïa et arrêtèrent 500 militants et un mandat d'arrêt fut lancé contre 11 dirigeants bolcheviks, qui obligea Lénine à fuir en Finlande, avec Zinoviev. Près de 800 bolcheviks furent arrêtés, dont Trotski et Kamenev. Mais le gouvernement retint le glaive qui devait couper la tête du parti bolchevik, à la grande surprise d'un Illitch, qui s'attendait à une répression sanglante contre son parti. Les mencheviks, peut-être encore trop liés aux bolcheviks, par leur histoire commune, n'eurent pas la force d'éradiquer les partisans de Lénine. Cette faiblesse va leur coûter très cher, puisque ce dernier n'aura pas les mêmes prévenances envers ses collègues d'antan, et tranchera dans le vif, après Octobre.

 

e°) Le gouvernement Kerensky ou le chant du cygne des mencheviks.

 

Le 6 juillet, le Prince Lvov, épuisé de danser sur le volcan, démissionna, soulagé de passer le témoin à Alexandre Kerensky. Ce dernier, ambitieux, pensait que son énergie et son "génie" politique allaient suffir à contrôler la situation, mais sa vanité allait rapidement se transfomer en cécité.

Le nouveau premier ministre déplaçait le coeur du pouvoir du Palais de Tauride à Palais d'Hiver, où il prit ses aises dans les appartements du tsar Alexandre III. Il chassa le soviet vers l'Institut Smolny, comme pour prouver sa toute puissance. Ce changement de géographie du pouvoir n'allait pas modifier la problématique du gouvernement, toujours coincé entre sa posture belliciste et l'anarchie militaire.

Kerensky essaya de rétablir la discipline dans l'armée, en rétablissant la peine de mort, en réduisant le rôle des comités de soldats et en nommant le général Kornilov, connu pour sa forte personnalité, à la tête de l'armée.

f°) Le coup de état de Kornilov, mythe ou réalité ?

 

Kornilov_Lavr_1917.jpeg

(Source:wikipedia)


Le nouveau chef de l'armée russe, Lavr Kornilov, général respecté, officier charismatique, ne pouvait faire que de l'ombre au vaniteux Kerensky, qui se sentit très vite menacé par ce militaire bourru. En prise avec le soviet qui se bolchevisait, le chef du gouvernement s'inquiéta rapidement de l'influence grandissante de son chef d'état-major. Le 10 août, le général s'invita au Palais d'Hiver avec ses gardes du corps pour forcer la main de Kerensky à rétablir la loi martiale, à l'arrière du front et à mettre hors-la-loi les bolcheviks. Ce dernier refusa et une dispute éclata entre les deux hommes. Dans cette situation tendue, le ministre de la Guerre, Boris Savinkov


Savinkov-boris-SR.jpg

(Source: wikipedia)

 


visita Kornilov le 22 août, et le rassura sur les intentions du gouvernement. Il lui demanda d'envoyer à Petrograd le 3e corps de cavalerie pour parer à une insurrection bolchevique. Le 25 août, le généralissime ordonna à la cavalerie de Krymov de se diriger vers la capitale, comme lui avait demandé le gouvernement. C'est alors que Kerensky cria à la tentative de coup d'état, et licencia, le 27 août, le chef de l'armée. Ce dernier, croyant que le chef du gouvernement était à la merci des bolcheviks ordonna à sa cavalerie d'entrer à Petrograd, de dissoudre le soviet et d'encercler la garnison.

Le 29 août, Kerensky se nomma lui-même commandant en chef de l'armée, conseillé par un nouveau chef d'état-major, le général Alexeïev. Pour combattre le soi-disant coup d'état, il remit en jeu les bolcheviks, qui étaient en disgrâce, depuis la journée du 4 juillet.

Le chef du gouvernement, pour éliminer un rival potentiel, s'était aliéné les forces de droite et en s'appuyant sur les bolcheviks, il avait fait entrer le loup dans la bergerie.


3°) Octobre 1917.

 

a°) Le retour en force des bolcheviks.

 

L'été 1917 avait vu un processus de radicalisation des masses se mettre en oeuvre. Avec l'impuissance du gouvernement à mettre fin à la guerre, et la perspective d'une contre-révolution, plus fantasmée que réelle, les ouvriers et les paysans se rallièrent, de plus en plus, aux thèses léninistes, qui prônaient une paix immédiate et la terre aux paysans.

Ce succès  se traduisit dans les urnes, puisque le 31 août, le soviet de Petrograd, pour la première fois, eut une majorité bolchevique et d'ailleurs, Trotski en prendra la présidence, le 25 septembre.

De plus, la défense de la révolution lors de le pseudo coup d'état de Kornilov, avait armé près de 40 000 ouvriers, tous acquis aux idées de Lénine, ce qui fera dire à Trotski que ce fut un bon entraînement pour Octobre.

Depuis la révolution, le nombre de militants bolcheviks, selon Jean-Jacques Marie,  était passé de 5 000, en février, à 200 000 en octobre !

Contre cette montée en puissance des partisans de Lénine, Kerensky était impuissant. Malgré ses postures martiales pour haranguer la foule, le chef du gouvernement ne représentait plus que lui-même, dans un gouvernement fantôme, désormais détesté sur sa droite, depuis l'affaire Kornilov et méprisé sur sa gauche, pour son incapacité à obtenir la paix.


b°) Lénine pour un coup d'état.

 

Au sein des instances du parti bolchevik, deux tendances se dégageaient. Celle défendue par Kamenev

 

1918_Lev_Kamenev.jpg

(Source: wikipedia)


et Zinoviev, qui pensaient qu'un compromis était nécessaire avec les SR et les Mencheviks de gauche, pour gouverner la nouvelle Russie socialiste. Les deux hommes étaient attachés au légalisme et prônaient la soumission du parti au soviet, garant de la légitimité révolutionnaire.

Celle de Lénine, qui ne voulait faire aucun compromis et pensait que les organes politiques devaient être contrôlés par les seuls bolcheviks. Le "tout le pouvoir aux soviets" des thèses d'Avril, n'était qu'un slogan opportuniste, puisque dans l'oeuvre d'Illitch, c'est le parti et la dictature du prolétariat qui devaient primer sur l'assemblée élue, fut-elle prolétarienne. 

Le 15 septembre, de son exil finlandais, Lénine envoya deux lettres au comité central du parti bolchevik, pour expliquer que ce dernier, sans attendre l'élection de la Constituante, devait prendre le pouvoir. Devant l'attentisme des dirigeants bolcheviks, plutôt ralliés à l'idée d'un gouvernement socialiste avec les SR et les mencheviks de gauche, Illitch se mit à traiter ses collègues de "misérables traîtres à la cause prolétarienne", demandant une insurrection immédiate !

c°) Insurrection armée contre légalisme révolutionnaire.

 


Les partisans d'un compromis avec les autres mouvements socialistes voulaient attendre le congrès panrusse des soviets qui devait avoir lieu le 25 octobre. Or, le soviet étant à majorité bolchevique, la prise de pouvoir des partisans de Lénine était sûre et se ferait en douceur, avec  une légitimité sans faille. C'était l'idée défendue par la majorité des dirigeants bolcheviks, sauf d'Illitch !

Pourquoi ce dernier ne voulait pas attendre le congrès des soviets ? Car il ne voulait pas devoir gouverner avec ses partenaires socialistes du soviet, les SR et les mencheviks, et la perspective d'une guerre civile ne lui faisait pas peur, elle lui semblait même nécessaire pour enclencher tout processus révolutionnaire.

Le 10 octobre, juste revenu de Finlande, Lénine, devant le Comité Central mettra tout son poids pour l'insurrection immédiate et emportera la décision, grâce à son charisme. Le coup de force d'Octobre fut donc bien imposé par le leader bolchevik contre la majorité de son parti.

La tendance Kamenev n'en resta pas là, puisque le 18 octobre, dans le journal de Gorki, Novaïa Jizn, le bolchevik exposa, dans un article, la nécessité de passer par le soviet pour prendre le pouvoir, évitant la guerre civile. Lénine, de rage, traîta l'auteur de la missive de "traître" !

 

d°) Le 25 octobre 1917, la prise du pouvoir par les bolcheviks.


 

Kerensky, dont la cécité n'avait d'égale que sa vanité, sentait venir cette insurrection, il la désirait, même, persuadé qu'il pourrait régler, comme après le 4 juillet, leur compte aux bolcheviks. Mais le contexte avait changé, puisqu'en octobre le chef du gouvernement était totalement discrédité, notamment parmi les officiers. Lorsqu'il voulut muter sur le front, la remuante garnison de Petrograd, acquise aux bolcheviks, il précipita sa perte. En effet, la soldatesque, plutôt encline à attendre le congrès des soviets, se rallia alors à la thèse léniniste de l'insurrection immédiate.

Le 23 octobre, la majorité des points stratégiques de Petrograd était contrôlée par les bolcheviks en armes, dont la fameuse Forteresse Pierre et Paul. Le 24, la capitale était aux mains des mutins, sans combat, puisque personne ne voulait défendre ce gouvernement honni. Trotski, lui-même, avoua que seulement 5 % des ouvriers et soldats de la ville participèrent au coup de force et beaucoup de petersourgeois ne s'aperçurent de rien. On est donc très loin de la vision d'Eisenstein, cinéaste officiel du régime soviétique, 10 ans plus tard, dans son film Octobre, qui présente le coup de force comme une révolution mobilisant tout le peuple.

Le 24 au soir, l'assaut fut donné au Palais d'Hiver, que Kerensky avait abandonné, et qui était gardé par 3000 soldats, dont 200 femmes du Bataillon de la mort. Mais la majorité d'entre eux s'était dispersée avant l'assaut, qui fut une formalité.

Devant le coup de force réussi, annoncé par Kamenev, devant le congrès des soviets réuni dans la capitale, les SR et les mencheviks condamnèrent le coup de force bolchevique et quittèrent le congrès, laissant les bolcheviks seuls maîtres du jeu.

 

 


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11 février 2012 6 11 /02 /février /2012 09:03

Nicolas_II_photographie_couleur.jpg

 

Bibliographie:

 

La révolution russe d'Orlando Figes, Folio Histoire, 2009.

 

 

 

 

1°) Un tsar  discrédité.

 

a°) Les défaites militaires et la défiance des généraux.

 

L'armée et l'Etat russes n'étaient pas formatés pour soutenir une guerre contre l'Allemagne, l'Autriche-Hongrie et l'Empire Ottoman. Dès la fin août 1914, à Tannenberg, les armées russes de Samsonov subissent une humiliante défaite de la part des allemands de Von Hindenburg.

L'année 1915, ne sera qu'une longue retraite pour l'armée russe, devant les austro-allemands, obligée de laisser la Pologne à ses ennemis et malgré la réussite des offensives Broussilov, en 1916, la Russie, à la veille de la Révolution de Février, se trouve dans une situation militaire très mauvaise.

Ces défaites ont miné le prestige du tsar, après de la plupart des généraux russes, qui voient dans Nicolas II un monarque faible, dominé par sa femme, l'impératrice Alexandra, et incapable de proposer un renouveau politique pour fédérer les énergies contre l'ennemi allemand ! Lorsque l'insurrection commencera à Petrograd, en février, les généraux lâcheront ce tsar dont ils ne veulent plus.

 

b°) La bourgeoisie contre Nicolas II, l'autocrate.

 

Nicolas II avait toujours refusé une évolution libérale de son régime, à l'anglaise, vers une monarchie parlementaire, malgré les pressions de la bourgeoisie russe et de son entourage familial. Malgré sa réticence à une libéralisation du régime, le tsar, après les événements de janvier 1905, et le funeste "Dimanche Rouge", avait été obligé de lâcher du lest, et avait signé un Manifeste, en octobre 1905, pour une libéralisation politique. Le Parti KD, des constitutionnels-démocrates, emmenés par l'historien Milioukov obtint vite 100 000 adhérents, dont 60 % de nobles et fut rejoint par le Prince Lvov. On retrouvera les deux hommes, douze plus tard, qui vont jouer un rôle éminent après la révolution de Février 1917.

Le Manifeste d'Octobre prévoiyait des élections pour une assemblée consultative, ou Douma, qui est élu au Printemps 1906. Mais dès le début, les deux légitimités vont se heurter, et Stolypine, le nouveau premier ministre du Tsar, va faire dissoudre la Douma, générant un antagonisme entre les bourgeois libéraux et le régime tsariste. La deuxième Douma, sera encore une fois dissoute par le pouvoir et il faudra attendre une loi électorale éliminant les opposants au régime et favorisant les nobles, pour avoir une troisième Douma coopérative, en 1907, avec une majorité de droite nationale, avec l'Union du Peuple Russe.

A la veille de la première guerre mondiale, la bourgeoisie est profondément attaché à une évolution libérale du régime se défie de Nicolas II, tsar autocrate qui a travesti la philosphie du Manifeste d'Octobre 1905.

De plus, la guerre va intimement associer l'Etat russe aux industriels privés, pour la production de guerre, ce qu'Hélène Carrère d'Encausse dans son Nicolas II nommera, "la Révolution Invisible", et qui annoncera la prise de pouvoir future de la bourgeoisie.

 

c°) L'impératrice Alexandra, l'âme damnée du tsar ?

 

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Allemande de naissance, l'impératrice Alexandra Fedorovna, petite-fille de la reine Victoria, va jouer un grand rôle dans le discrédit du tsar. Famille profondément unie, Nicolas II reste très attaché à sa femme et à ses enfants, avec qui il mène une existence bourgeoise. Mais la personnalité de l'impératrice va irrémédiablement s'assombrir, avec la naissance d'un tsareitch, Alexis, atteint d'hémophilie. Désespérée, l'impératrice va s'en remettre à une sorte de gourou-guérisseur, un certain Grigori Raspoutine.

 

rasputin raspoutine

 

Faux moine et vrai charlatan, l'influence de Raspoutine va aller crescendo sur le couple impérial, étant même à l'origine de la nomination des généraux, pendant la Grande Guerre. Car le tsar parti à Moghilev, en 1916, c'est l'impératice et son âme damnée, Raspoutine, qui vont gouverner à Petrograd, faisant et défaisant les carrières et s'opposant, farouchement, à toute évolution libérale du régime, entraînant une exaspération croissante chez les nobles, même de la famille impériale, chez les bourgeois-libéraux et dans le peuple. Lors du discours d'ouverture de la Douma, le 1er novembre 1916, le chef du parti Constitutionnel-Démocrate (KD ou Cadet), Pavel Milioukov accusa le Premier Ministre de l'époque, Boris Stürmer,  un protégé de la tsarine, de trahison au profit de l'Allemagne ! Le tsar fut obligé, devant la fronde des députés de la Douma, de licencier Stürmer, pour le remplacer par le compétent Trepov, qui se fit railler lors de son arrivée à la Douma. En pleine guerre, cette situation inquiétait les alliés de la Russie, qui voyait un Nicolas II ne plus maîtriser le bateau "Russie" !

Même dans la famille impériale, les suppliques au tsar pour faire évoluer le régime et écarter des affaires publiques la tsarine n'avaient aucun écho. Que ce soit le grand-duc libéral Nicolas ou le grand-duc Paul, aucun des deux ne put obtenir la libéralisation du régime ni le départ de l'impératrice qui discréditait l'institution impériale par ses décisions calamiteuses !

Devant l'entêtement du tsar à ne faire aucune concession, la famille complote même contre Nicolas II, pensant à le faire abdiquer, à envoyer la tsarine dans un couvent, et à donner le sceptre impérial au tsarevitch, Alexis, sous la régence du grand-duc Dimitri.

Dans la nuit du 29 au 30 décembre 1916, l'acrimonie de la famille impériale contre la tsarine, se traduisit par l'assassinat de Raspoutine, attiré dans un guet-apens chez le Prince Youssoupoff. L'élimination du favori de la famille impériale traduisait bien le fossé séparant cette dernière à son entourage proche !

 

2°) Un tsar abandonné: les journées de février.

 

a°) Pénurie et froid.

 

La guerre avait profondément bouleversé la vie économique russe. L'Etat avait accès sa production industrielle sur les armements au détriment du reste. Aussi, en cet hiver 1917 exceptionnellement froid, Petrograd fut touché par la pénurie de blé et de combustible. Le 19 février, les autorités de la capitale établirent le rationnement.

 

b°) 23 février 1917, les ménagères veulent du pain !


Le 23 février, les températures remontèrent et furent printanières, et une foule de ménagères descendit dans la rue, le matin, pour exprimer leur mécontentement devant la pénurie de pain. C'était aussi la Journée Internationale de la femme, et la perspective Nevski se remplissait de femmes demandant l'égalité des droits.

L'après-midi, l'atmosphère fut moins bon enfant, car les ouvrières des usines textiles de Vyborg se mirent en grève, et, accompagnées par les ouvriers des usines métallurgiques, vinrent manifester au centre-ville.

100 000 personnes se massaient autour de la Douma, en fin d'après-midi, mais le gouvernement ne réagit pas.

Le lendemain, devant la passivité des forces de l'ordre, des pillages de magasins commencèrent et des ouvriers submergèrent de maigres troupes de cosaques, au pont de Liteni, reliant le quartier industriel de Vyborg au centre-ville.

 

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Le 25 février, la foule grossit encore, dans les rues du centre-ville, et les slogans politiques, totalement absents des deux jours précédents, s'entendent.

 

c°) Le rôle mineur des partis socialistes dans les journées de février.

 

Il fut très faible. Les partis socialistes ne virent pas venir la révolution de Février, il faut dire que beaucoup des chefs politiques socialistes vivaient en exil. Le menchevik Nicolas Soukhanov parlait de "désordres et non de révolution" et le bolchevik Chliapnikov, se rit de l'idée qu'on avait à faire à une révolution !

De même, les effectifs des militants des partis menchenviks, bolcheviks ou Socialistes révolutionnaires restaient numériquement faibles, en février 1917.

 

d°) La soldatesque pactise avec le peuple.

 

Le tsar, à Moghilev, sur le front, est mal informé de la réalité des événements, par son ministre de l'Intérieur, Protopopov, favori de l'impératrice et notoirement incompétent. Il ordonne alors au chef du district militaire de Petrograd, le général Khabalov, de réprimer les manifestations.

Le 26 février, le régiment Semenovski tire sur la foule, mais d'autres régiments se mutinent, comme les régiments Pavlovski et Volynski. Mais ce fut la défection d'une compagnie du régiment Preobrajenski, de la Garde Impériale, sous l'action de Fedor Linde (1881-1917) , héros oublié de la Révolution de Février, qui fut décisif, et fit basculer la garnison de Petrograd.

 

e°) L'abdication du Tsar.

 

Nicolas II, inconscient des événements de Petrograd, se décide, sous la pression de l'impératrice, à revenir dans la capitale. Il n'y arrivera jamais ! Les militaires ont fait dévier le train impérial à Pskov. Là, le 2 mars, deux représentants de la Douma, l'octobriste Goutchkhov et Choulguine, pressent le tsar à abdiquer en faveur de son fils, le tsarevich Alexis, sous la régence du grand-duc Michel.

Mais le coup de grâce viendra des généraux et de l'armée. Le général Alexeiev, chef de l'état-major,

 

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est persuadé que le renouveau militaire de la Russie , passe par l'abdication de Nicolas II, tsar faible soumis au bon vouloir de l'impératrice. Rassuré par la Douma que le nouveau gouvernement provisoire serait contrôlé par le parti Constitutionnel-Démocrate, et non par les socialistes, le général décide d'obtenir du Tsar son adbication. Le 2 mars, le général Rousski apporte à Nicolas II, les desideratas de ses chefs militaires, favorables à son abdication. Le Tsar, qui fut toujours très attaché à l'institution militaire, lâché par ses généraux, décide d'abdiquer pour lui et pour son fils, en nommant comme successeur le grand-duc Michel. La séculaire dynastie des Romanov a perdu le pouvoir en trois jours, sans combat, lâchée par la bourgeoisie, la noblesse et l'armée !

La révolution de Février fut autant une insurrection populaire qu'une révolution par "le haut".

Le grand-duc Michel, peu porté sur les affaires publiques et sur l'étiquette, refusa la couronne impériale. La monarchie russe s'éteignait donc, pour laisser place à un régime parlementaire bancal, qui ne devait durer que quelques mois.

 

Un QUIZZ pour réviser la révolution de Février.

 



 


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1 juin 2011 3 01 /06 /juin /2011 14:07

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Bibiographie: Naissance et effondrement du régime soviétique en Russie, de Marc Ferro, Livre de Poche, 1997.

 

 

Le stalinisme a été condamné très tôt, par des militants marxistes, puisque la première biographie de Staline, de Boris Souvarine, paraît en 1935. 

Léon Trotsky, chassé d'URSS par Staline, en 1929, parlera, lui, de Révolution trahie, en 1936, décrivant le géorgien comme le représentant de la bureaucratie soviétique. Pour Trotsky, l'URSS était un "Etat ouvrier dégénéré", et si il condamnait le stalinisme comme un "Thermidor soviétique", il soutenait encore l'URSS qui, pour lui, était encore réformable de l'intérieur. 

Ante Ciliga, un communiste yougoslave, qui avait séjourné en URSS, publiera, en 1938, Au pays du grand mensonge, dans lequel il stigmatisera le stalinisme.

Enfin, en 1956, le monde, stupéfait, apprenait, lors du XXeme Congrès du PCUS, la réalité des crimes de Staline.

Le point commun de cette critique du stalinisme venant des milieux marxistes est la dissociation radicale entre stalinisme et léninisme, le premier n'étant qu'une déviation monstrueuse du second. Le stalinisme aurait consacré le "socialisme dans un seul pays" alors que Lénine était un fervent internationaliste, comme Trotsky. Staline, aurait incarné la bureaucratie parasite, alors qu'Illitch avait des tendances anti-buraucratiques. Enfin, le géorgien aurait forgé un régime policier, élevant la censure et la répression à un niveau jamais atteint, alors que Lénine avait une conception plus démocratique du régime soviétique. Certains trotskystes ont même fait de Staline l'agent du capitalisme alors que Lénine serait un authentique combattant du prolétariat !

Mais au-delà des discours et des justifications idéologiques, nous allons analyser les réalités de l'idéologie et de la pratique léniniste pour nous apercevoir que Staline s'est tout simplement servi des outils mis en place par Lénine pour faire sa politique.

 

I°) La conception du parti, chez Lénine.

 

En 1902, dans Que faire ?, Lénine précise sa définition du Parti bolchevik et quel sera son rôle. L'exergue dans la préface de son ouvrage est révélateur de sa conception du parti :

 

 

"...La lutte intérieure donne au parti la force et la vitalité : la preuve la plus grande de la faiblesse du parti, c'est son amorphisme et l'absence de frontières nettement délimitées;le parti se renforce en s'épurant..."
(Extrait d'une lettre de Lassalle à Marx, 24 juin 1852.)

 


a°) Un parti centralisé et hiérarchisé.

 

Pour Lénine, le parti, avant-garde du prolétariat, doit être composé de militants professionnels, capable de prendre le pouvoir quand les conditions socio-politiques le permettraient. En 1903, à Bruxelles et à Londres, lors du Congrès du PSODR, la scission entre bolcheviks, guidés par Lénine et mencheviks, dirigés par Martov, s'était déjà faite sur une question d'organisation du Parti, preuve de l'importance qu'Illitch donnait à ce point. Lénine défendait déjà l'idée d'un parti fermé et avant-gardiste, alors que Martov était partisan d'une organisation ouverte vers les autres institutions ouvrières, d'un parti de masse, à l'image de la social-démocrati allemande.

Très rapidement, la conception "ultra-centralisée" du parti bolchevik fut critiquée par des militants marxistes, comme Rosa Luxemburg, qui écrivit:


"Questions d'organisations de la social-démocratie russe"

 

, en 1904, pour stigmatiser la conception du parti par Lénine. On peut y lire :

 

"Le livre du camarade Lénine, l'un des dirigeants et militants les plus en vue de l'Iskra, Un pas en avant, deux pas en arrière, est l'exposé systématique des vues de la tendance ultracentraliste du parti russe. Ce point de vue, qui y est exprimé avec une vigueur et un esprit de conséquence sans pareil est celui d'un impitoyable centralisme posant comme principe, d'une part, la sélection et la constitution en corps séparé des révolutionnaires actifs et en vue, en face de la masse non organisée, quoique révolutionnaire, qui les entoure, et, d'autre part, une discipline sévère, au nom laquelle les centres dirigeants du parti interviennent directement et résolument dans toutes les affaires des organisations locales du parti. Qu'il suffise d'indiquer que, selon la thèse de Lénine, le comité central a par exemple le droit d'organiser tous les comités locaux du parti, et, par conséquent, de nommer les membres effectifs de toutes les organisations locales, de Genève à Liège et de Tomsk à Irkoutsk, d'imposer à chacune d'elles des statuts tout faits, de décider sans appel de leur dissolution et de leur reconstitution, de sorte que, enfin de compte, le comité central pourrait déterminer à sa guise la composition de la suprême instance du parti, du congrès. Ainsi, le comité central est l'unique noyau actif du parti, et tous les autres groupements ne sont que ses organes exécutifs."

 

Cette centralisation du Parti ira en s'accentuant avc notamment la création du Politburo, organe suprême du Comité Central du PCUS, en 1919, qui comprenait, à l'origine, 5 membres, qui étaient les dirigeants de fait du Parti.

Ce même Politburo, lors du Xeme Congrès du PCUS, en mars 1921, deviendra l'organe suprême du Parti, à la place du Comité Central, qui lui déléguera tous ses pouvoirs.

Staline s'est donc servi de cette hyper-centralisation du Parti, déjà effective sous Lénine, pour prendre le pouvoir aisément, puisqu'il lui suffisait d'être majoritaire au Politburo (composé de 7 membres en 1921), c'est à dire d'y faire rentrer ses créatures et d'éliminer ses opposants,  pour gouverner le Parti.

 

b°) Un parti "omniscient et omnipotent", avant-garde du prolétariat.

 

Cette expression de "comité central omnicisient et omniprésent" se trouve toujours sous la plume de Rosa Luxembourg. Pour Lénine, les membres du Parti connaissant les lois de l'histoire et donc du devenir historique, étaient à même de guider le prolétariat, qui pouvait avoir une conscience de ses intérêts immédiats (ou conscience tradunioniste), mais était incapable de s'élever à une conscience de classe qui devait, nécessairement, lui être apportée de l'extérieur.

Dépositaire de la vérité historique, les membres du Parti détenaient donc la vérité, et le Parti avait toujours raison comme le précisa un peu plus tard Trotsky, en 1924:

 

trotski trotsky

 


"Aucun de nous ne veut et ne peut discuter la volonté du Parti, car le Parti a toujours raison. On ne peut avoir raison qu'avec et par le Parti, car l'histoire n'a pas ouvert d'autres voies pour la raison".


 

c°) Le Xeme Congrès et l'interdiction des fractions.

 

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Dans sa pratique politique, Lénine a toujours accepté le dialogue contradictoire, ce qui n'était pas vraiment le cas de Staline. Toufefois, Charles Bettelheim note, dans Les luttes de classe en URSS, tome 1, Maspero/Seuil, 1974, page 354, que le Xeme Congrès du PCUS, en mars 1921, fut le dernier congrès à avoir été précédé d'un débat largement ouvert, pratique de la liberté d'expression qui disparaîtra ulérieurement. Il est vrai que Trotsky et Boukharine, partisans de la militarisation du travail et de la sujétion des syndicats au Parti et l'Opposition Ouvrière, adepte de la démocratie ouvrière, auront eu tout le loisir de s'exprimer, pendant le Congrès, mais aussi dans la Pravda.

 

Ce Congrès, qui se déroule en mars 1921, alors que la guerre civile se terminait sur les répressions des marins de Cronstadt et de la révolte paysanne dans le Tambov, va, avec la "résolution sur l'unité du Parti", interdire les fractions. Certes, Lénine avoua que cette interdiction était prise pour des raisons exceptionnelles, qu'un Bulletin de discussion présenterait les divergences au sein du Comité Central et qu'en cas de différents graves, des procédures de médiation seraient mises en place. Il n'en reste pas moins, comme l'avoue Charles Bettelheim, que c'est à partir de cette résolution que le débat idéologique, au sein du parti, va diminuer pour totalement disparaître, le fameux Bulletin de discussion prévu pour les opposants, n'ayant jamais été publié ! L'accusation de fractionnisme équivaudrait à l'hérésie, chez les catholiques !

L'interdiction des fractions dérivera vers la criminalisation des fractions, sous Staline, qui avec cette résolution disposa d'un puissant levier pour museler ses opposants.

Lénine n'avait certainement pas pensé aux conséquences funestes de cette résolution, mais certains bolcheviks avaient perçu la dangerosité de la nouvelle interdiction, notamment Karl Radek qui dira, plus tard, qu'il avait eu l'impression de se mettre la corde au cou, en votant cette résolution.

 

II.Une conception exclusive et monopolistique du pouvoir.

 

a°) De tout le pouvoir aux soviets à tout le pouvoir au Parti.

 

# Tout le pouvoir aux soviets, un slogan opportuniste.

 

Dans ses Thèses d'Avril, parues le 7 avril 1917, alors qu'il retournait d'exil, Lénine, dans son point 4, affirmait que "les soviets des députés ouvriers sont la seule forme possible de gouvernement révolutionnaire" et proclamait la "nécessité du passage de tout le pouvoir aux soviets des députés ouvriers".

Il réitérera son cri de "Tout le pouvoir aux soviets" en juillet 1917, alors que la journée du 4 juillet avait failli être un Octobre avant la lettre, échouant juste devant l'indécision des leaders bolcheviks. Après cet échec, certains dirigeants furent arrêtés, comme Trotsky et Lénine repartit en exil.

On peut s'étonner de cette nouvelle devise léniniste, lui qui s'est toujours méfié des assemblées élues et qui revendiquait, pour le seul militant du parti bolchevik, dépositaire de la "conscience de classe", la légitimité de guider le prolétariat. On peut sans hésitation affirmer que ce "tout le pouvoir aux soviets", était un cri opportuniste, pour rallier les citoyens au parti bolchevik, dans un contexte d'intense compétition pour le pouvoir.

 

L'Etat et la Révolution, que Lénine, sortira en septembre 1917, reste aussi un écrit opportuniste, dans ce même contexte très tendu de lutte pour le pouvoir. Il précisait que l'Etat bourgeois sera détruit pour laisser place à un Etat prolétarien qui prendra la forme de la Commune. Le pouvoir policier et militaire, leviers principaux de l'Etat bourgeois seront délégués au peuple en armes qui élira et révoquera ses représentants. Curieuse analyse anarchisante qui ne sera jamais réalisée, puisque c'est le Politburo du Parti bolchevik qui concentrera tous les pouvoirs et non les soviets et à fortiori le peuple !

 

 

# Pendre le pouvoir sans passer par le Soviet. 

 

Lors du coup d'état bolchevik, le 25 octobre 1917, Lénine a appliqué la devise ci-dessus. En effet, il aurait pu attendre le Congrès panrusse des Soviets prévu fin octobre 1917 pour renverser un gouvernement provisoire fantômatique et sans plus aucune légitimité. Mais Lénine a forcé le parti bolchevik à choisir le coup de force, dès le 10 octobre 1917, malgré l'opposition de Trotsky et de Kamenev, qui auraient préféré attendre l'adoubement par le Congrès des soviets, contrôlé par les bolcheviks depuis fin août 1917, ce qui aurait préservé une légitimité démocratique.Comme l'indique Trotsky, l'insurrection fut favorisée par la décision de Kerenski d'envoyer la garnison de Petrograd, trop bolchevisée à son goût, au front ! Ca sera la dernière erreur du chef du gouvernement provisoire.

Si Illitch opta pour l'insurrection, c'est, d'après Orlando Figes, qu'il ne voulait pas avoir à négocier et à gouverner avec les mencheviks ni avec les socialistes-révolutionnaires qui auraient été de la partie en cas de désignation du gouvernement par le soviet. Or, après le coup de force bolchevik du 25, le lendemain, pour protester, les socialistes-révolutionnaires et les mencheviks ont quitté le Congrès, en signe de protestation, laissant les mains libres à Lénine.

 

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# La prise de pouvoir du Parti et la marginalisation des soviets.

 

Dès le lendemain de sa prise de pouvoir, le Sovnarkom ou Conseil des Commissaires du Peuple, constitué uniquement de bolcheviks, est en concurrence avec le V.Ts.I.K. acronyme du Comité Central exécutif panrusse des soviets, qui est, juridiquement parlant, l'organe suprême du pouvoir, en tant qu'émanation du Congrès des Soviets. En droit, le Sovnarkom est soumis au V.Ts.I.K comme le consacrera la première Constitution soviétique de juillet 1918. Dans la pratique, c'est le contraire qui s'est réalisé. En effet, dès le 30 octobre 1917, le Sovnarkom publie un décret par lequel il s'accorde le monopole du pouvoir législatif.(cf Charles Bettelheim, La lutte des classes en URSS, 1917-1923, tome 1, Maspero/Seuil, 1974, page 92).

La Constitution de 1918, malgré le primat théorique du V.Ts.I.K sur le Sovnarkom, ne changera pas la pratique, le Comité exécutif des soviets devenant un organe de ratification des décisons prises par le Conseil des Commissaires du Peuple, c'est à dire du Politburo du parti Bolchevik.

D'ailleurs, au VIIIeme Congrès du PCUS en mars 1919, Timofeï Sapronov et Nicolas Ossinski proposent de réhabiliter le rôle des soviets, devenus, d'après eux, de simples organes de ratification, mais leur demande est rejetée.

Dans ce cadre, Staline ne changera pas la pratique du primat du parti sur le soviet.

 

b°) De l'élection de l'Assemblée Constituante à sa dissolution par les bolcheviks.

 

# L'Assemblée Constituante, une illusion ?

 

Veritable mythe pour les sociaux-démocrates, l'élection de l'Assemblée Constituante concentrait toutes les énergies révolutionnaires. Dans ses Thèses d'Avril, Lénine critiquait le gouvernement provisoire qui était accusé de ne pas préparer les élections pour élire cette Constituante.

Mais Lénine, dès juillet 1917, parlait d'illustions constitutionnelles et subordonnait l'élection de la future Assemblée Constituante, à une nouvelle révolution prolétarienne. Mais surtout, dans ce même texte, Lénine dévoilait un peu plus sa conception du pouvoir, qui n'etait pas de tenir compte de la "volonté de la majorité", mais de vaincre au moment décisif  comme il le disait, dans Les illusions consititutionnelles :

 


"Continuons. La révolution se distingue précisément de la situation « normale » des affaires de l'Etat en ce que les questions litigieuses de la vie publique sont tranchées directement par la lutte des classes et par une lutte des masses qui va jusqu'au recours aux armes. Il ne peut en être autrement, puisque les masses sont libres et armées. Il résulte de ce fait essentiel qu'il ne suffit pas, en période révolutionnaire, de connaître la « volonté de la majorité » ; non, il faut être le plus fort, au moment décisif et à l'endroit décisif ; il faut vaincre.".

 

# Election et dissolution l'Assemblée Constituante.

 

Malgré les prévenances de Lénine sur l'élection d'une Assemblée Constituante, comme l'avait montré, déjà, son texte sur les illustions constitutionnelles,  les bolcheviks, qui avaient critiqué le gouvernement provisoire pour son attentisme, se sentent moralement obligés d'organiser ces élections qui auront lieu en novembre 1917. La participation est importante, près de 60 % du corps électoral. Sur  703 sièges, les bolcheviks en obtiennent 168 alors que les SR en remportent 299, dont 39 au SR de gauche, seul allié des bolcheviks. Les résultats de cette élection reflètent la nature paysanne de la Russie, avec des campagnes où les SR sont mieux implantées que les bolcheviks. La classe ouvrière, acquise à ces derniers est encore numériquement trop faible face à une paysannerie majoritaire.

Ne possédant pas la majorité dans la nouvelle Assemblée Constituante, Lénine va la déligitimer dès le mois suivant, en décembre 1917, dans ses Thèses sur l'Assemblée Constituante. Dans le point 18 de ses thèses, Lénine demandait de nouvelles élections et une reconnaissance du pouvoir des soviets par la nouvelle Assemblée élue.  

Il est évident que le Conseil des commissaires du peuple bolchevik ne pouvait accepter une assemblée constituante aux mains des SR et des Mencheviks. Aussi, lors de la réunion de l'Assemblée Constituante, le 5 janvier 1918, présidée par le SR Viktor Tchernov, celle-ci fut dissoute peu après par des tchekistes envoyés par le pouvoir bolchevik. 

Lénine, le 6 janvier,  justifia cette dissolution pour sauver la révolution prolétarienne, en accusant les SR de collusion avec la bourgeoisie.

 

Cette dissolution reflétait la nature du parti bolchevik qui se voulait le seul dépositaire de l'expression politique. Tous les partis furent tour à tour interdits. Les partis de droite, le furent dès 1917, ceux de gauche dans l'année 1918.

 


# Krontsadt ou le chant du cygne des anarchistes.

 

En mars 1921, alors que le Xeme Congrès du PCUS va bientôt voter l'interdiction des fractions, les marins de la base navale de Kronstadt se révoltent contre le pouvoir bolchevik en demandant la fin de la dictature du parti bolchevik, et le retour du pouvoir aux soviets. Il réclame aussi la libreté de réunion et la liberté de la presse.

Le 5 mars, Lénine fit rejeter les demandes du soviet de Kronstadt, accusant celui-ci d'être à la solde des forces réactionnaires et contre-révolutionnaires et duex jours après, des opérations militaires contre la base navale commençèrent. 10 jours plus tard, après d'âpres combats, l'armée rouge réinvestit la place. Il y aura des milliers d'exécutions et de déportations des marins et de leurs familles.

Lorsque Staline fut élu secrétaire général du PCUS en 1922, ce dernier était le seul parti de l'échiquier politique soviétique. 

 

III.Etatisation et bureaucratisation.

 

a°) De l'élection à la nomination des fonctionnaires.

 

# Les Thèses d'Avril : Election et révocation.

 

Dans ses Thèses d'Avril, au point 5, Lénine déclarait:

 

 

 "Non pas une république parlementaire, - y retourner après les Soviets des députés ouvriers serait un pas en arrière, - mais une république des Soviets de députés ouvriers, salariés agricoles et paysans dans le pays tout entier, de la base au sommet.

Suppression de la police, de l'armée  et du corps des fonctionnaires.

Le traitement des fonctionnaires, élus et révocables à tout moment, ne doit pas excéder le salaire moyen d'un bon  ouvrier".

 

ce qui promettait une dés-étatisation de la société.

Cette thèse quasi-anarchisante, en rupture avec les écrits précédents de Lénine, que l'on peut expliquer comme un discours opportuniste en vue de la prise de pouvoir par les bolcheviks, sera réitérée dans L'Etat et la Révolution, en septembre 1917. Ilitch dit que l'Etat prendra la forme de la Commune, en référence, évidemment à la Commune de Paris, geste mythique dans l'imaginaire social-démocrate, mais qui n'a pas vraiment de sens pratique.

 

# Nomination et contrôle du centre.

 

Alors que l'anarchie gagne et que l'autorité de l'Etat se dissout, le 3 mars 1918, le VNSKh, l'organisme gérant la planification économique, que c'est l'administration centrale qui nommera les directeurs technique et admnistratif des unités de production, épaulés par un commissaire politique.

Au niveau quantitatif, le nombre de fonctionnaires passera de 576 000 à 2,4 millions de 1917 à 1921 (cf Orlando Figes, La révolution russe, page 845).

 

b°) Le parti et les syndicats.

 

# Des syndicats autonomes, en théorie.

 

Au VIIIeme Congrès du PCUS, en mars 1919, le point 5 du volet économique, voté par les délégués, déclare que "les syndicats doivent participer activement à la gestion économique". Charles Bettelheim précise (cf.p.345) que ce point là n'eut jamais eu de suite, dans la pratique productive et que les partisans de ce point 5, seront taxés, plus tard, de "déformation syndicaliste".

Malgré tout, cette disposition favorable aux syndicats allait générer, durant deux ans, des discussions au sein du parti bolchevik quant aux rôles des syndicats.


 # Trotsky et la militarisation du Travail.

 

Au 9eme Congrès du PCUS, en mars-avril 1820, Trotsky et Boukharine vont défendre le principe de la "militarisation du travail" et de la sujétion totale des syndicats au Parti. Les ouvriers devaient être considérés comme des soldats et tout absentésime devait être traité comme une désertion devant l'ennemi. 

 

# L'Opposition Ouvrière.

 

Regroupée autour de Chliapnikov et d'Alexandra Kollontaï, cette tendance veut réactiver le point 5 du chapitre économique voté lors du VIIIeme Congrès, mais resté depuis lettre morte ! L'opposition ouvrière voulait que les comités d'ouvriers, dans les usines, puissent contrôler la production, à la place de bureaucrates nommés par le centre.

 

Lénine fit repousser la ligne Trotsky et celle de l'Opposition Ouvrière, pour adopter une résolution de compromis. Mais, encore une fois, le principe électif fut battu en brèche et les nominations par le parti, la norme.

Staline garda cette pratique de nominations et la perfectionna. 

 


IV. La position de Lénine face au monde paysan.

 

# La révolution prolétarienne impossible en Russie ?

 

Toute la problématique de la révolution bolchevik en Russie, c'est qu'elle se déroule dans un pays arriéré impropre à une révolution de type prolétarienne comme l'avait noté Rosa Luxembourg et Karl Kautsky. Pour le "pape du marxisme", une révolution marxiste en Russie était une véritable hérésie car ce pays n'avait pas connu une certaine accumulation du capital et n'avait pas été caractérisé par une transition d'économie bourgeoise nécessaire pour atteindre la phase socialiste. C'est ce qu'il exprimait dans ce texte de 1922: "Rosa Luxemburg et le bolchevisme".

 

# Les Thèses d'avril et le décret sur la Terre.

 

Depuis la révolution de février 1917, les paysans ont commencé à se partager la Terre en expropriant de force, les grands propriétaires terriens. L'entrée du SR Viktor Tchernov dans le gouvernement provisoire, début mai, fit accélérer cette révolution paysanne qui était pilotée par le "mir".

Lénine, lorsqu'il revint d'exil, exprima, dans ses Thèses d'Avril, dans son point 6, son désir de "nationaliser toutes les terres dans le pays et leur gestion faite par les soviets locaux de députés et de salariés agricoles". "Transformation de tout grand domaine (de 100 à 300 hectares) en une exploitation modèle " placée sous le contrôle des soviets locaux. Implicitement, Illitch annonçait ce que serait la future politique de l'état prolétarien envers la propriété agricole.

Juste après le coup de force bolchevik, le 26 octobre, fut édité le "décret sur la Terre", qui réitèrait la fin de la grande propriété foncière, et donnait aux comités et soviets locaux la responsabilité de la réforme agraire, jusqu'à l'élection de la prochaine Assemblée Constituante. En fait, Lénine actait le partage, déjà réalisé, par les paysans, par le biais de la communauté villageoise, des grandes propriétés foncières, n'ayant pas les moyens de contrer ce "partage noir" dans un contexte d'anarchie et d'effondrement de l'autorité de l'Etat.

Si le décret sur la Terre rallie aux bolcheviks les paysans, il va créer, aussi, des millions de petits propriétaires qui résisteront, plus tard, au désir de Lénine de collectivister la Terre.

D'ailleurs, devant la majorité SR à l'Assemblée Constituante, qui reflétait la sociologie paysanne de la Russie profonde, Lénine va inciter le moujik à frapper le propriétaire terrain et le koulak, ennemi irréductible de la révolution d'Octobre.


 

# La bataille du grain, l'offensive lancée contre la paysannerie.

 

Début 1918, les villes soviétiques, mal ravitaillées, se meurent de faim. Les réseaux de distribution et de production s'étant effondrés, les villes n'ont rien à donner aux paysans contre leur surplus de blé, et ce dernier préfère stocker son grain en vue de jours meilleurs. Les bolcheviks vont alors décider, le 09 mai 1918, que tous les excédents de grains seront propriété de l'Etat, déclarant implicitement la guerre aux koulaks et aux besaciers. Le 11 juin 1918, un décret précisait la création des Kombedy, ou Comités de paysans pauvres, censés exporter la lutte des classes à la campagne et aider le pouvoir soviétique en débusquant le koulak. Quelques semaines après, Lénine fera un féroce discours contre les koulaks, ennemis irréductibles de la révolution :

 

"Les koulaks sont les ennemis enragés du gouvernement soviétique. […] Ces vampires se sont enrichis sur la faim du peuple. […] Ces araignées se sont engraissées aux des paysans ruinés par la guerre, aux dépens des ouvriers. Ces sangsues ont sucé le sang des travailleurs et se sont enrichies alors que les ouvriers des villes et des usines mouraient de faim. […] Guerre implacable aux koulaks ! Tous à mort." .

 

Des brigades alimentaires écumaient les campagnes, habilitées à occuper les villages, à confisquer le grain, avec des méthodes dignes de la police tsariste, selon le commissaire du peuple à l'approvisionnement, Tsiouroupa. Le pillage, les viols, les exécutions sommaires furent légions et en juillet-août 1918, plus de 200 soulèvements paysans furent notés, contre ces brigades alimentaires. Cette guerre contre la paysannerie relança la guerre civile qui était inexistante, après la défaite des maigres troupes de Denikhine, fin décembre-début 1918 que Roman Goul narra dans la Campagne des glaces. 

Cette guerre contre la paysannerie fut contre-productive, comme le précise Charles Bettelheim, car la majorité des moujiks était des paysans moyens, depuis le partage des terres.

 

En 1919 96,8 % des terres étaient cultivées par des paysans travaillant individuellement, 2,7 % étaient cultivées par des fermes d'Etat, et 0,5 % par des coopératives. La réforme agraire, d'après Charles Bettelheim, avait donc bien eu un cartactère démocratique mais pas socialiste !

En définitive, l'offensive que Staline lancera contre la paysannerie, en 1930, avec la collectivisation des Terres, s'inscrit dans une logique léniniste, commencée dès juin 1918, mais stoppée par Illitch, sous la pression des événements. De toute manière, dans un pays majoritairement paysan, l'industrialisation ne pouvait se faire que sur le dos des moujiks, puisqu'obtenir des devises étrangères ne pouvait se faire qu'en vendant des produits agricoles et notamment des céréales, à l'étranger.

 

V. La mise en place d'un régime policier, agent de la Terreur rouge.

 

Il est évident que dans le contexte d'anarchie ambiante, après la prise de pouvoir des bolcheviks, en octobre 1917 et face aux dangers qui guettent le nouveau pouvoir, la création d'une force de police et d'une armée étaient vitales. Mais nous allons voir que les pouvoirs extraordinaires de la nouvelle police, si ils pouvaient justifiés pendant la gurre civile, ne l'étaient plus vraiment, cette dernière gagnée.

 

a°) De la Tcheka à l'OGPU.

 

# La Tcheka, un organisme aux pouvoirs extra-judiciaires.

 

La Tcheka a été créée le 7 décembre 1917, est l'acronyme, en russe, de "Commission extraordinaire panrusse pour la répression de la contre-révolution et du sabotage". Il n'y eut aucun décret pour rendre compte de la création de la Tcheka, et c'est Félix Dzerjinski qui fut nommé à sa tête.

A l'origine, ce fut donc une structure exceptionnelle, nécessaire le temps de la guerre civile. Si on revient aux Thèses d'Avril , Lénine y affirmait, dans son point 5, la suppression de la police et de l'armée.

Mais dans un contexte de guerre civile et d'anarchie, la création de cette police chargée de traquer les ennemis de l'intérieur, semblait inéluctable et souhaitable.

De 30 000 tchekistes, fin décembre 1917, à 210 000 en 1921 (à comparer au 13 407 agents de l'Okhrana tsariste en 1912) la Tcheka a connu une inflation de ses effectifs exponentielle pendant la durée de la guerre civile.

D'après Nicolas Werth, les effectifs de la Tcheka vont nettement décroître, avec la fin de la guerre civile, de 210 000 en 1921 à 115 000 fin 1922.

La suppression de la police proposé par Lénine dans ses Thèses d'Avril s'est transfromée en une augmentation sans précédent des effectifs policiers, avec une bureaucratie policière qui va survivre à Illitch et qui allait être le pivot du régime soviétique.

 

# L'OGPU, une bureaucratie policière.

 

Le 6 février 1922, le GPU remplace la Tcheka, renommé OGPU en novembre 1923, placée sous l'autorité directe du Conseil des Commissaire du Peuple.

Le 9 octobre 1924, Gregory Sokolnikov proposait de diminuer le budget et les effectifs de l'OGPU. D'autres bolcheviks, comme Boukharine ou le Commissaire du Peuple à la Justice, Nicolas Krylenko ou le Commissaire du Peuple aux Affaires Etrangères,  se plaignaient des pouvoirs extra-judiciaires de l'OGPU, qui pouvait arrêter et condamner à mort les citoyens soviétiques sans forme de procès. Or, Dzerjinski, soutenu par le rusé Staline, va réussir à préserver ses pouvoirs discrétionnaires, faisant de l'OGPU une administration ne relevant d'aucune loi et uniquement responsable devant le Sovnarkom, donc potentiellement à la botte d'un futur dictateur !

 

b°) La guerre civile : Terreur blanche contre Terreur rouge.

 

# Guerre à mort aux riches.

 

 Dès décembre 1917, dans "Comment organiser l'émulation ?", Lénine proclamait :

  "Pas de quartier pour ces ennemis du peuple, ces ennemis du socialisme, ces ennemis des travailleurs. Guerre à mort aux riches et à leurs pique-assiette, les intellectuels bourgeois ; guerre aux filous, aux fainéants et aux voyous."

 

Or, à cette époque, la seule résistance blanche se trouve sur le Don, avec la petite armée des Volontaires de Kornilov puis de Denikhine, qui sera vite isolée.

 Le SR de gauche, Steinberg, à la Commissaire du Peuple à la Justice, lorsqu'il découvrit, en février 1918, le décret sur "la patrie socialiste en danger" et son point 8:

 


"Les agents de l’ennemi, les trafiquants, les pillards, les voyous, les agitateurs contre-révolutionnaires, les espions allemands, pris sur le fait, doivent être fusillés.".


alla se plaindre chez Lénine sur l'utilité de son Ministère qu'il faudrait appeler :

"Ministère de l'Extermination sociale".

 

Illitch lui répondit que c'était la bonne appelation mais qu'on ne pouvait le dire !!

 

En 1920, Trotsky, dans Terrorisme et communisme légitimera le recours à la Terreur d'Etat.

 

# La Terreur rouge.

 

Elle s'opposa à la Terreur blanche, non moins atroce, et fut formalisée dans un décret du 5 septembre 1918, du Sovnarkom, intitulé "Sur la terreur rouge".

Cette Terreur fut la matrice des futures pratiques policières staliniennes.

 

# Le Goulag.

 

Dès janvier 1918, il est décidé d'arrêter les ennemis du peuple qui seront envoyés, après la paix de Brest-Litovsk, dans les anciens camps de prisonniers de guerre. La notion d'ennemi du peuple, peu précise, donne au pouvoir soviétique une lattitude importante qui fait de chaque citoyen soviétique, un "ennemi du peuple" en puissance.

Le 15 avril 1919, le décret n°45, Au sujet des camps de travaux forcés, paraît dans les Izvetsia.

c°) La radicalité des moyens tuerait-elle les fins ?

 

Le communisme de guerre et la guerre civile ont violenté profondément la société russe et s'est traduit par une inflation des organes de sécurité qui agissait comme "un Etat dans l'Etat". Le pouvoir extra-judiciaire dont ils bénéficiaient, pendant la guerre civile, s'est pérennisé après la fin de celle-ci, faisant de l'OGPU un organisme tout puissant, ayant un pouvoir de droit et de mort sur chaque citoyen soviétique. 

Les pratiques violentes, légitimes pour sauver la révolution d'octobre, ont continué, après la victoire définitive des bolcheviks, et ont été instrumentalisées par Staline pour contrôler le pouvoir soviétique. Le dictateur géorgien a trouvé, dès son accession au pouvoir, à la fin des années 20, tous les leviers répressifs déjà opérationnels sous Lénine et il s'est surtout servi de l'interdiction des fractions, votée au Xeme Congrès, en mars 1921, sous l'impuslion d'Illitch, pour immoler l'ancienne garde bolchevique. 

Staline n'a donc pas inventé un nouveau système, il a simplement perfectionné celui forgé par Lénine, en y ajoutant sa paranoïa extrême.

 


 

 


 



 

 

 

 


 

 


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